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Critique : Le nouveau Frankenstein serait mieux adapté au grand écran que Netflix

by Antoine Girard

Publié le 13 novembre 2025 10h15. Guillermo del Toro revisite le mythe de Frankenstein avec une adaptation sombre et mélancolique, explorant les thèmes de la création, de l’abandon et de la quête d’identité à travers un prisme résolument moderne.

  • Le nouveau film de Del Toro se concentre sur la relation complexe entre Victor Frankenstein et sa créature, inversant les rôles traditionnels du héros et du monstre.
  • Oscar Isaac incarne un Victor Frankenstein tourmenté, hanté par son passé et obsédé par la science, tandis que Jacob Elordi donne vie à une créature fragile et désespérément en quête d’acceptation.
  • L’esthétique visuelle du film, marquée par une opulence gothique et des couleurs vives, contribue à créer une atmosphère à la fois envoûtante et troublante.

L’histoire débute dans un décor glacial, où un navire danois est pris dans les glaces. Soudain, une explosion retentit et des marins découvrent un homme blessé et une créature monstrueuse enveloppée de peaux d’animaux. La créature, d’une voix rauque, exige :

« Victor. Livrez-le-moi. »

La Créature

Cet événement spectaculaire n’est que le prologue d’une relecture audacieuse du classique de l’horreur de Mary Shelley, disponible sur Netflix.

Dès le début, le film suggère une approche différente de l’histoire de Frankenstein. Le récit se déroule à travers le regard de Victor Frankenstein, un scientifique blessé et méprisé par son père, qui aspire à la reconnaissance et à un pouvoir surhumain grâce à la science. Del Toro suit avec minutie le processus de réanimation de la matière morte, mettant en scène un laboratoire opulent et décadent au sein d’un château écossais.

Le réalisateur, influencé par la littérature gothique depuis ses débuts en 1993 avec The Time Machine, explore les thèmes récurrents de la science trouble, des figures paternelles défaillantes et des monstres tourmentés. Son travail, souvent qualifié d’alchimique, consiste à transformer diverses influences et genres en formes cinématographiques hybrides.

La première présentation de la créature à la communauté scientifique est particulièrement impressionnante. Le torse, semblable à une maquette anatomique, prend brièvement vie, et ses tissus réagissent instinctivement aux stimuli. Cependant, les recherches de Frankenstein sont accueillies avec scepticisme par ses pairs, à l’exception d’un riche bienfaiteur, Heinrich Harlander, dont les motivations restent mystérieuses.

Jacob Elordi incarne une créature étrangement fragile, dont la peau bleutée et la texture particulière évoquent une œuvre de poterie. Au début, Frankenstein est fasciné par sa création, mais il se transforme rapidement en un père indifférent, incapable de lui offrir l’attention et l’affection dont elle a besoin. La créature, incapable de contrôler ses mouvements, répète inlassablement le mot « Victor », tandis que le scientifique perd tout intérêt pour son œuvre.

Le film explore également la solitude et le désespoir de la créature, enchaînée pour éviter qu’elle ne se blesse ou ne blesse autrui. L’arrivée d’Elizabeth, l’épouse du frère de Victor, révèle la profondeur de l’âme de la créature et la complexité de sa condition.

Del Toro rend hommage aux adaptations classiques de James Whale, notamment La Fiancée de Frankenstein (1935), en présentant une créature tragique plutôt qu’un simple monstre. Il revient également au roman original de Mary Shelley, dans lequel la créature elle-même raconte une partie de l’histoire.

Le cinéaste mexicain donne à son héros cousu de morceaux une dignité et une sensibilité rarement explorées dans les adaptations précédentes, le transformant en un personnage romantique et mélancolique. La tragédie, qui culmine avec la mort de la créature, est soulignée par une citation de Lord Byron :

« Et puis le cœur se brise, et celui qui est brisé continue de vivre. »

Lord Byron

Bien que visuellement époustouflant, le film pourrait sembler trop sombre et mélodramatique pour certains spectateurs contemporains. L’utilisation d’effets numériques, bien que soignée, peut parfois nuire à l’immersion dans les décors soigneusement construits. Néanmoins, Frankenstein reste une œuvre puissante et troublante, qui explore les thèmes universels de la création, de l’abandon et de la quête d’identité.

Film : Frankenstein

Drame / Horreur, États-Unis / Mexique, 2025, 149 min

Réalisé par Guillermo del Toro

Avec : Oscar Isaac, Mia Goth, Jacob Elordi, Christoph Waltz, Charles Dance, David Bradley, Lars Mikkelsen, Christian Convery, Felix Kammerer, Ralph Ineson et plus

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