Après huit ans de retraite, Daniel Day-Lewis fait son retour au cinéma avec « Anémone », un film intimiste et déconcertant réalisé par son fils, Ronan Day-Lewis. L’acteur britannique, âgé de 68 ans, incarne un ermite taciturne hanté par un passé trouble, dans un long-métrage qui divise déjà les critiques.
Le film se déroule dans le nord de l’Angleterre, où Ray, un homme solitaire à la barbe fournie, vit reclus dans une cabane. L’intrigue se concentre sur la visite de son frère, Jem (interprété par Sean Bean), qui tente de renouer avec lui. Leur relation est marquée par de longues silences, des beuveries et des tensions palpables, ponctuées d’une scène de danse nocturne inattendue.
« Anémone » n’est pas un film bavard. Au fil du récit, Ray se livre à travers plusieurs monologues poignants, dont le premier est particulièrement choquant. Il y raconte sa vengeance contre un prêtre qui l’a agressé sexuellement durant son enfance, une scène décrite avec une crudité dérangeante par Day-Lewis, dont le jeu d’acteur, bien que virtuose, peine à convaincre. « Je décris cela bien plus abstraitement que Ray ne le fait », reconnaissait le critique original.
Un autre monologue révèle que Ray a été soldat pendant les Troubles en Irlande du Nord. Il relate un événement traumatisant : une patrouille dans une maison que l’IRA prévoyait d’attaquer, un attentat à la bombe et une décision qu’il a prise sur les lieux, jugée par la suite comme un crime de guerre. L’ambiguïté de cette accusation – pourquoi un crime de guerre en pleine période de conflit ? – suscite l’interrogation.
Ronan Day-Lewis, qui s’est fait un nom en tant qu’artiste visuel, signe une réalisation esthétique, privilégiant les images sobres et les paysages boisés. Le film est parsemé de symboles, notamment l’anémone, une fleur qui évoque la perte et les nouveaux départs. Cependant, l’ensemble apparaît souvent prétentieux et statique, manquant de profondeur dramatique.
Si le retour de Daniel Day-Lewis est indéniablement un événement, le film lui-même déçoit. Il semble que l’acteur, fort de vingt et un films marquants à son actif (« My Left Foot », « The Unbearable Lightness of Being », « There Will Be Blood », « Lincoln », « The Last of the Mohicans »), ait choisi un rôle discret, peut-être pour ne pas éclipser le travail de son fils. « Anémone » est avant tout un projet personnel, une manière pour Daniel Day-Lewis de lancer la carrière cinématographique de Ronan, un geste touchant, mais qui ne suffit pas à faire de ce film une réussite.
Le film aborde des thèmes complexes, tels que les abus sexuels au sein de l’Église catholique et les conséquences des Troubles, mais de manière superficielle et décousue. L’histoire familiale, censée apporter une touche d’humanité, reste distante et peu convaincante, notamment à travers le personnage du fils de Jem et Nessa (Samantha Morton et Samuel Bottomley), dont le lien avec Ray est un élément clé de l’intrigue.