Publié le 26 décembre 2025 à 14h06. Le réalisateur Nicolas Maury, à l’occasion de son premier long métrage, explore la relation intime entre l’acteur et le texte, révélant comment la répétition et l’interprétation peuvent transformer des mots en créations personnelles. Il partage les œuvres littéraires qui nourrissent sa démarche artistique et sa vision du monde.
- Nicolas Maury souligne l’importance de s’approprier un texte jusqu’à en devenir l’auteur, une technique essentielle pour un acteur.
- Il révèle son affection pour des auteurs tels que Marcel Proust, Marguerite Duras, Natalia Ginzburg et Virginia Woolf, expliquant comment leurs œuvres résonnent avec ses propres expériences et réflexions.
- Maury insiste sur la valeur de la lecture à voix haute comme un exercice de discipline et d’expression.
Pour Nicolas Maury, le métier d’acteur ne se limite pas à réciter un texte. Il s’agit d’une véritable incorporation des mots, d’une appropriation si profonde qu’ils finissent par sembler émaner de l’interprète lui-même. Cette idée, qu’il développe dans son film “Garçon chiffon”, est au cœur de sa réflexion sur l’art de la performance.
L’univers littéraire de Nicolas Maury est riche et varié. Il cite notamment La prisonnière de Marcel Proust (Folio Classique), un roman qui l’interpelle sur la complexité de la jalousie.
« La prisonnière parle du péché de la jalousie, qui pour moi n’en est pas un. C’est un sentiment qui m’a beaucoup envahi. Quand vous lisez Proust, il vous donne du grain à moudre par rapport aux gens qui disent que c’est forcément lié à une forme de maladie. Je pense que la jalousie est plutôt une attention accrue aux signes et un témoignage de notre malheur personnel.»
Nicolas Maury
Marguerite Duras occupe également une place importante dans son panthéon littéraire. Il est particulièrement fasciné par Le ravissement de Lol V. Stein (Gallimard), qu’il décrit comme un texte “inracontable” et d’une grande force stylistique.
« Ce livre est inracontable. Il se dérobe en permanence. Chez Duras il n’y a pas de décision entre la forme et le fond, ce qui est fort c’est le style. Elle parle aussi très bien de cette maison presque vide à l’intérieur d’un acteur ou d’une actrice qui est là pour accueillir les personnages qu’il ou elle interprète. Cet endroit est dépeuplé, vacant, en attente. Ces romans sont vraiment des œuvres d’art.»
Nicolas Maury
L’œuvre de Natalia Ginzburg, et plus précisément Les petites vertus (Flammarion), traduite par Adriana R. Salem, le touche également. Il la lit non pas comme un texte à déchiffrer, mais comme une performance à interpréter, soulignant l’importance de la lecture à voix haute.
« Ce texte je ne lis pas, je l’interprète. Je cherche à rendre immédiat le silence dont parle Nathalia Ginzburg. Je pense que tout le monde devrait faire des stages de lecture à haute voix. Cette pratique dresse, elle consiste à se mettre debout avec quelque chose à dire de plus grand que soi, qui n’est pas soi.»
Nicolas Maury
Enfin, Virginia Woolf et son roman Les Vagues (Stock), traduit par Marguerite Yourcenar, l’ont marqué dès l’âge de vingt ans, notamment grâce à une mise en scène de Guillaume Vincent au Théâtre national de Strasbourg. Il y retrouve des thèmes qui lui sont chers, comme la disparition et l’ouverture à l’autre.
« J’ai découvert Les Vagues lorsque j’avais vingt ans puis je l’ai vu mis en scène par Guillaume Vincent deux ans plus tard au Théâtre national de Strasbourg. Il y a tellement de choses chez Wolff qui sont importantes pour moi. J’ai commencé avec « Mrs. Dalloway » et ce qui a été marquant pour moi dans ce texte c’est cet endroit de la disparition, de quitter la planète tout en passant sa vie à ouvrir sa chambre un peu plus grand pour que les autres y rentrent.»
Nicolas Maury
Il mentionne également Côte-Ouest de Paula Fox (éditions Joelle Gros), traduite par Marie-Hélène Dumas, comme une histoire de déterritorialisation et de quête d’identité.
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Archive
Marguerite Duras, émission Lectures Pour Tous, Pierre Desgraupes, Office National De Radiodiffusion Télévision Française, 15/04/1964
Valeria Bruni Tedeschi, émission Mon œuvre à moi, Mattéo Caranta, France Culture, 18/12/2021
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