Publié le 26 octobre 2025 09:23:00. La résistance aux antibiotiques s’aggrave à l’échelle mondiale, avec des taux particulièrement préoccupants au Brésil, où plus de la moitié des infections urinaires courantes ne répondent plus aux traitements classiques. L’Organisation mondiale de la santé alerte sur une crise sanitaire silencieuse qui pourrait compromettre des décennies de progrès médical.
- Une infection bactérienne sur six dans le monde est désormais résistante aux antibiotiques.
- Le Brésil affiche des taux de résistance aux antimicrobiens supérieurs à la moyenne, notamment pour les infections urinaires et les infections sexuellement transmissibles.
- L’utilisation excessive et parfois inappropriée d’antibiotiques, tant chez l’homme que dans l’agriculture, est pointée du doigt.
La résistance aux antimicrobiens (RAM) est devenue une menace majeure pour la santé publique mondiale. Déjà identifiée en 2019 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme l’une des dix principales menaces sanitaires, la situation ne cesse de se détériorer. Le rapport 2025 du Système mondial de surveillance de la résistance et de l’utilisation des antimicrobiens (GLASS), publié lundi 13 octobre, révèle qu’environ 16 % des infections bactériennes confirmées en laboratoire présentent une résistance aux antibiotiques. Entre 2018 et 2023, la RAM a augmenté de 40 % à l’échelle mondiale, avec une progression annuelle comprise entre 5 % et 15 %. Les estimations suggèrent que près de 5 millions de décès par an sont liés à ce phénomène.
Selon la Banque mondiale, si aucune mesure n’est prise, la résistance aux antimicrobiens pourrait entraîner des pertes annuelles de 1 000 à 3 400 milliards de dollars américains (soit environ 927 à 3 154 milliards d’euros) pour le produit intérieur brut mondial d’ici 2030.
Au Brésil, le tableau est particulièrement sombre. L’enquête de l’OMS, portant sur la période 2016-2023, met en évidence des taux de résistance élevés. Plus de 50 % des infections urinaires causées par les bactéries Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae sont résistantes aux antibiotiques courants et aux antibiotiques de troisième génération. À titre de comparaison, au Chili voisin, ces taux ne dépassent pas 30 %. La résistance dépasse également 40 % dans certaines infections sanguines et atteint près de 70 % dans les infections urogénitales causées par Neisseria gonorrhoeae, l’agent responsable de la gonorrhée.
Ce constat paradoxal illustre une ironie amère : la découverte des antibiotiques, il y a environ 90 ans, a représenté une avancée scientifique majeure qui a sauvé d’innombrables vies. Cependant, leur utilisation excessive et souvent non contrôlée a favorisé l’émergence d’infections résistantes aux médicaments, non seulement chez l’homme, mais aussi en raison de l’utilisation massive d’antibiotiques dans l’agriculture.
Le Brésil est confronté à des obstacles structurels qui aggravent la situation. L’accès aux soins de santé primaires est relativement large, ce qui facilite l’obtention d’antibiotiques sans contrôle médical rigoureux. Le réseau de diagnostic manque de services essentiels pour confirmer la nature bactérienne d’une infection et identifier précisément l’agent pathogène, conduisant souvent à la prescription d’antibiotiques inadaptés ou inutiles pour des infections virales. De plus, la surveillance de la RAM reste concentrée dans les hôpitaux de haute complexité, avec une couverture limitée dans la région Nord du pays.
La rationalité est donc essentielle, tant dans la prescription des antibiotiques que dans l’allocation des ressources au sein du système de santé publique. Une approche plus ciblée et une meilleure surveillance sont indispensables pour endiguer cette crise sanitaire silencieuse.
