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Dazed and Confused : les lamentations de Led Zeppelin

by Antoine Girard

Publié le 8 novembre 2025 06:58:00. Sorti il y a plus de 50 ans, le premier album de Led Zeppelin, marqué par un riff de basse hypnotique et l’expérimentation avec l’archet de violon, continue de fasciner. Retour sur les origines de Dazed and Confused et ses liens surprenants avec la musique baroque.

  • Le titre Dazed and Confused, emblématique de Led Zeppelin, se distingue par sa ligne de basse descendante et l’utilisation novatrice d’un archet de violon sur la guitare.
  • La chanson est en réalité une reprise, bien que transformée, d’un morceau de Jake Holmes datant de 1967.
  • Des analyses musicologiques établissent un parallèle entre la basse obstinée de Dazed and Confused et des compositions baroques, notamment un air de l’opéra Didon et Énée de Henry Purcell.

L’introduction de Dazed and Confused, avec sa basse qui plonge progressivement par demi-tons, est immédiatement reconnaissable. Le hurlement déchirant de Robert Plant s’élève alors de cet abîme sonore creusé par John Paul Jones. Ce titre, peut-être l’un des plus singuliers du premier album de Led Zeppelin, sorti en 1969, témoigne d’une approche révolutionnaire du blues, à une époque où les conventions étaient encore bien ancrées.

Pour apprécier pleinement l’originalité et la puissance de Led Zeppelin, il est instructif de comparer leur version avec celle de son créateur original, Jake Holmes, composée en 1967. La version de Holmes, beaucoup plus folk, se passe de la batterie puissante et imprévisible de John Bonham, ainsi que des plaintes de guitare de Jimmy Page. Elle se caractérise par des lamentations jouées aux doigts, mais aussi, de manière surprenante, avec un archet de violon.

Dazed and Confused est l’un des premiers titres de Led Zeppelin où Jimmy Page utilise un archet sur sa guitare. Il fait vibrer l’instrument non plus en pizzicato, mais arco, comme diraient les musiciens classiques. Ce passage évoque un miroir aux reflets psychédéliques. La batterie imite les riffs de la basse, tandis que les glissandos de la guitare répondent aux râles vocaux de Robert Plant. L’archet de Jimmy Page, dans cette interprétation, semble imiter la chute d’un objet volant et musical, rappelant l’image spectaculaire du crash du dirigeable Hindeburg en flammes, qui ornait la pochette de l’album.

Ce qui unit les versions de Jake Holmes et de Led Zeppelin, c’est cette basse descendante et chromatique qui ouvre la chanson et plonge l’auditeur dans une transe hypnotique. Dans un article intitulé « Chaconne, Lamento et Walking Bass », le journaliste américain Alex Ross établit un lien entre cette basse obstinée et la chaconne, une danse baroque fondée sur une même basse répétée de manière insistante. Il prend notamment l’exemple de l’air de Didon dans l’opéra Didon et Énée de Henry Purcell, où les lamentations de la reine sont construites sur une progression de basse descendante et chromatique, tout comme dans la chanson de Led Zeppelin.

Ce chromatisme descendant est un bel exemple de figuralisme musical, une technique consistant à symboliser musicalement le sens d’un texte. Chez Purcell, cette descente musicale exprime la mort imminente et la descente au tombeau de Didon, tandis que, pour Robert Plant, elle évoque peut-être un amour transi et déçu… des circonstances, somme toute, moins extrêmes. Quoi qu’il en soit, cette écriture sur une basse descendante et obstinée est une caractéristique très appréciée par Led Zeppelin. On la retrouve également dans la chanson Baby I’m Gonna Leave You, présente sur le même album, Led Zeppelin I, où une basse structurante, efficace et légèrement mélancolique, est également à l’œuvre.

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