Publié le 3 janvier 2024 à 05h40. Les eaux philippines, sanctuaire de biodiversité marine, voient leur inventaire s’enrichir de nouvelles espèces de méduses-boîtes, des créatures fascinantes mais potentiellement dangereuses, grâce à une collaboration inédite entre scientifiques et citoyens.
- Des chercheurs ont identifié plusieurs espèces de méduses-boîtes nouvellement présentes aux Philippines, dont certaines peuvent provoquer le syndrome d’Irukandji.
- L’étude s’appuie sur une combinaison d’observations directes en plongée et de données collectées grâce à la science participative, validées par des outils numériques.
- Comprendre la distribution et le venin de ces méduses est crucial pour la sécurité publique et la préservation des écosystèmes marins.
Les Philippines, situées au cœur du Triangle de Corail, abritent l’une des plus grandes concentrations de vie marine au monde. Pourtant, de nombreuses espèces restent encore méconnues, notamment les méduses-boîtes de la famille des Carybdeida. Ces organismes, dotés d’un venin puissant, jouent un rôle important dans l’équilibre des écosystèmes, mais leur étude est complexe et nécessite une approche rigoureuse.
Une équipe pluridisciplinaire, composée de chercheurs de plusieurs institutions philippines et internationales, s’est donc attelée à documenter la présence de ces méduses dans les eaux archipélagines. Le groupe inclut le Dr Sheldon Rey Boco et Christine Gloria Grace Capidos du Philippine Jellyfish Stings Project, ainsi que des experts de l’Université des Philippines – Institut des sciences de l’environnement et de la météorologie (UPD-CS IESM), du Batavia Coast Maritime Institute en Australie occidentale, de RY Photographie, du studio Anilao Critters et de Squires Sports Philippines.
« Pourquoi étudier ces méduses ? Pour trois raisons essentielles », explique le Dr Boco.
« Elles font partie intégrante de la chaîne alimentaire marine et leur présence ou leur absence peut être un indicateur de la santé des écosystèmes. Elles se nourrissent de petites créatures et servent de proies à des animaux plus grands, assurant ainsi un équilibre. De plus, de nombreuses Carybdeida possèdent un venin suffisamment puissant pour nécessiter une hospitalisation. Mieux comprendre son action pourrait permettre de développer des traitements plus efficaces et sauver des vies. »
Dr Sheldon Rey Boco
L’équipe a combiné des observations directes, réalisées lors de plongées sous-marines à haute résolution, avec des données fournies par des scientifiques citoyens. Cette approche participative a permis de collecter un volume important d’informations, mais a également posé un défi : garantir l’authenticité des images et des vidéos soumises. Avec l’avènement de l’intelligence artificielle capable de générer des images réalistes, chaque contribution a été analysée avec minutie.
Les chercheurs ont examiné les métadonnées, l’éclairage, les conditions de l’eau et les détails anatomiques des photos et des vidéos pour confirmer leur validité. Le Dr Boco souligne que ce processus de vérification, bien que chronophage, est indispensable pour assurer la fiabilité des résultats de la recherche.
Parmi les découvertes les plus significatives figurent les premiers signalements philippins d’Alatina alata, de Carybdea cuboides, de l’espèce Malo sp. et de Morbakka virulenta. L’équipe a également confirmé de nouveaux signalements de Copula sivickisi et de Malo filipina. Ces observations contribuent à mieux cerner la répartition géographique de ces méduses, dont certaines peuvent provoquer le syndrome d’Irukandji, une affection potentiellement grave.
L’étude de ces espèces dans leur environnement naturel est particulièrement difficile. La plupart vivent en eaux profondes, à plus de 20 à 30 mètres de profondeur et à au moins 100 mètres du littoral, à l’exception de quelques espèces comme Copula sivickisi, endémique des Philippines. Les chercheurs se sont donc concentrés sur l’observation des méduses à l’état adulte, la forme mobile et visible de l’organisme.
Pour collecter ces données, l’équipe a effectué plusieurs plongées de nuit en eaux noires entre 2017 et 2021, ainsi qu’en 2024. Ces plongées nécessitent une certification spécifique et une préparation rigoureuse, incluant la planification logistique, la vérification des conditions météorologiques et des courants, le calcul des réserves d’air et l’examen des protocoles de sécurité.
Les chercheurs envisagent de simplifier et d’accélérer le processus de collecte de données grâce à la science participative. Leur objectif est de développer une plateforme permettant aux citoyens de soumettre leurs observations en quelques secondes, sans avoir à remplir de formulaires complexes. Ils souhaitent également améliorer leurs techniques de plongée nocturne pour observer et étudier les méduses en temps réel.
À terme, l’équipe espère pouvoir prédire l’apparition de ces espèces de méduses, non seulement aux Philippines, mais également dans les mers avoisinantes. Leur article, intitulé « Nouveaux et premiers enregistrements de carybdeids, y compris les méduses-boîtes Irukandji (Cnidaria : Cubozoa ; Carybdeida) dans le Triangle de corail (Philippines) », a été publié dans la revue Thalassas: An International Journal of Marine Sciences.
Eunice Jean C. Patronne
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