Publié le 26 octobre 2025 à 08h08. Les signalements de blanchiment d’argent explosent en Suisse, mais l’unité chargée de les traiter, le MROS, est au bord de la saturation, ce qui soulève des inquiétudes quant à la capacité du pays à lutter efficacement contre la criminalité financière.
- Le nombre de signalements de blanchiment d’argent a augmenté de 40 % cette année, atteignant 21 000 cas.
- Le MROS, avec seulement 55 employés, peine à analyser tous les signalements et se concentre désormais sur les crimes les plus graves.
- L’automatisation et l’intelligence artificielle sont envisagées pour alléger la charge de travail, mais l’augmentation du nombre de cas reste préoccupante.
L’augmentation spectaculaire des signalements de blanchiment d’argent en Suisse témoigne d’une prise de conscience accrue du secteur financier et d’une pression grandissante des autorités. Anton Brönnimann, responsable du Bureau d’annonce en matière de blanchiment d’argent (MROS), s’attend à une hausse de 40 % du nombre de rapports cette année, ce qui représente une augmentation de 15 000 signalements l’année dernière à 21 000 en 2025. « Depuis 10 ans, nous enregistrons une augmentation exponentielle », a-t-il déclaré à SRF.
Plusieurs facteurs expliquent cette tendance. La Suisse a été confrontée à des scandales de blanchiment d’argent qui ont conduit à des condamnations, incitant les institutions financières, notamment les banques, à redoubler de vigilance pour éviter tout risque. Parallèlement, les progrès technologiques permettent une détection plus efficace des activités suspectes. « Les banques utilisent aujourd’hui des robots et d’autres éléments d’automatisation pour la détection et peuvent déclencher des rapports sur simple pression d’un bouton », explique M. Brönnimann. Il est préférable, selon lui, de signaler un incident de plus qu’un de moins.
Dès qu’une grande quantité d’argent (en espèces) est impliquée, les organismes déclarants, en particulier les banques, tentent d’éviter tout risque.
Clé de voûte / GAETAN BALLY
Cependant, cette augmentation du nombre de signalements met à rude épreuve les capacités du MROS. Avec une équipe d’environ 55 personnes, l’unité est confrontée à des difficultés croissantes pour traiter tous les cas. « Nous ne pouvons pas simplement faire face à une forte augmentation, nous atteignons la limite de nos ressources humaines », a déclaré M. Brönnimann. Le MROS a donc adopté une approche basée sur les risques, se concentrant sur les crimes les plus graves, tels que le financement du terrorisme, le crime organisé et la grande criminalité économique, impliquant souvent des réseaux criminels complexes.
Cette priorisation des cas les plus graves signifie que certains signalements de blanchiment d’argent risquent de passer inaperçus. « Le risque que nous passions à côté de certaines affaires de blanchiment d’argent augmente naturellement. Il y a aussi des cas qui devraient être soumis aux forces de l’ordre », a admis M. Brönnimann. Pour faire face à cette situation, le MROS estime qu’il aurait besoin d’environ 110 employés, soit le double de son effectif actuel.
Pour tenter de pallier ce manque de personnel, le MROS mise sur l’automatisation et l’intelligence artificielle. « Nous essayons d’automatiser autant que possible grâce à la numérisation et espérons pouvoir encore progresser à l’avenir grâce à l’intelligence artificielle », a expliqué M. Brönnimann. Néanmoins, l’augmentation rapide du nombre de signalements menace de compromettre l’efficacité de ces avancées technologiques.