Publié le 12 janvier 2024 14:56:00. Des astronomes de l’Observatoire de Tartu ont confirmé une hypothèse de longue date en observant l’étoile binaire R Aquarii : des jets de matière sont émis précisément lorsque les deux étoiles s’approchent au plus près, révélant un mécanisme clé dans l’évolution de ces systèmes stellaires.
- L’observation de R Aquarii, située à moins de 500 années-lumière, a permis de confirmer que les jets de matière sont émis au périastre (point d’approche maximale) des deux étoiles.
- La découverte, réalisée grâce au télescope Gemini South au Chili et à une technique d’imagerie speckle, a été initialement fortuite, les données ne correspondant pas aux attentes initiales des chercheurs.
- Ce phénomène, observé dans les systèmes d’étoiles binaires symbiotiques, pourrait être présent dans d’autres contextes cosmiques, comme autour des jeunes étoiles et des trous noirs.
L’étoile binaire R Aquarii, composée d’une géante rouge et d’une naine blanche, offre un laboratoire unique pour étudier les interactions stellaires. La géante rouge, en fin de vie, perd continuellement de la matière, tandis que la naine blanche, plus petite et dense, orbite autour d’elle selon une trajectoire elliptique, complétant un cycle orbital en environ 40 ans. Lorsque les deux étoiles se rapprochent le plus, au périastre, le transfert de masse de la géante rouge vers la naine blanche s’intensifie, créant un disque d’accrétion instable autour de cette dernière.
C’est de ce disque d’accrétion que sont éjectés les jets de matière observés par l’équipe de l’Observatoire de Tartu. Ces jets, étroits et coniques, sont émis des deux côtés du disque, un peu comme de l’eau jaillissant d’un robinet, selon l’image utilisée par l’astronome Tiina Liimets. Les chercheurs soupçonnaient depuis longtemps que ces jets se formaient spécifiquement au périastre, mais le manque de précision des technologies antérieures empêchait une confirmation observationnelle.
La découverte a été rendue possible grâce au télescope Gemini South au Chili, équipé d’un miroir de 8,1 mètres, et à l’utilisation de l’imagerie speckle, une technique permettant d’obtenir une résolution exceptionnellement élevée. Cette technologie a permis de distinguer des détails qui seraient restés invisibles avec les méthodes conventionnelles.
« L’objet que nous avons trouvé était en réalité plus loin et sous un angle différent. Nous soupçonnions d’avoir commis une erreur. Nous étions tellement concentrés sur ce que nous attendions de voir que nous ne pouvions pas reconnaître ce qui s’y trouvait réellement. »
Tiina Liimets, astronome à l’Observatoire de Tartu de l’Université de Tartu
Tiina Liimets souligne l’importance de garder l’esprit ouvert en science. Suivez ERR sur Facebook et sur X. « Il faut garder l’esprit ouvert et ne pas se concentrer sur ce que l’on pense que les données montrent, car il se peut qu’il y ait autre chose là-dedans », explique-t-elle. Des structures similaires, sous forme de jets, peuvent être observées dans tout l’univers, autour des jeunes étoiles et des trous noirs supermassifs situés au centre des galaxies.
Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue Astronomy & Astrophysics.
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