Publié le 8 décembre 2025 à 04h13. Des incidents impliquant des avions militaires chinois et japonais près d’Okinawa ont ravivé les tensions régionales, Pékin et Tokyo s’accusant mutuellement de comportements dangereux et provocateurs.
- Le Japon affirme que des avions de combat chinois ont braqué leurs radars sur des appareils japonais lors de deux incidents distincts.
- La Chine conteste ces accusations, affirmant que des avions japonais ont perturbé des exercices militaires chinois annoncés.
- Ces affrontements surviennent dans un contexte de tensions croissantes concernant Taïwan, où Pékin intensifie ses pressions.
Les relations sino-japonaises se sont considérablement tendues ces dernières semaines, notamment après les avertissements de Tokyo concernant une possible intervention en cas d’action militaire chinoise contre Taïwan. Le Premier ministre japonais Sanae Takaichi a dénoncé dimanche ces « illuminations radar » comme un acte dangereux, précisant que le Japon avait déposé une protestation officielle auprès de la Chine.
« Ces illuminations radar constituent un acte dangereux qui va au-delà de ce qui est nécessaire pour le vol en toute sécurité des avions. »
Sanae Takaichi, Premier ministre japonais
Le ministre de la Défense, Shinjiro Koizumi, a rencontré son homologue australien, Richard Marles, à Tokyo, et a déclaré que le Japon répondrait avec fermeté, mais de manière mesurée, aux actions de la Chine afin de préserver la paix et la stabilité dans la région. Marles a exprimé sa « profonde préoccupation » face aux actions de Pékin et a réaffirmé le soutien de l’Australie au Japon dans le maintien d’un ordre international fondé sur des règles.
Cependant, la version chinoise des faits diffère. Selon le colonel Wang Xuemeng, porte-parole de la marine chinoise, des avions japonais se sont rapprochés à plusieurs reprises des appareils chinois pendant des exercices de vol annoncés au large du détroit de Miyako, perturbant les opérations. Il a accusé le Japon de diffuser des informations erronées et a menacé de prendre des mesures pour protéger la sécurité et les intérêts de la Chine.
« Nous exigeons solennellement que la partie japonaise cesse immédiatement de calomnier et de diffamer et restreigne strictement ses actions en première ligne. »
Wang Xuemeng, porte-parole de la marine chinoise
Ces incidents, les plus graves entre les deux armées depuis plusieurs années, interviennent alors que Pékin intensifie ses activités militaires autour de Taïwan, une île démocratique que la Chine considère comme une province renégate. Taïwan se trouve à environ 110 kilomètres (70 miles) de l’île japonaise d’Yonaguni. Le Japon abrite une importante présence militaire américaine, notamment à Okinawa.
Parallèlement à ces tensions militaires, la Chine a conseillé à ses citoyens de ne pas se rendre au Japon et a suspendu les importations de produits de la mer japonais, une mesure prise en représailles à la libération d’eau traitée de la centrale nucléaire de Fukushima.
L’ambassadeur américain au Japon, George Glass, a exprimé son soutien à Tokyo sur les réseaux sociaux, mais le président Donald Trump et d’autres responsables américains de haut rang sont restés silencieux sur cette affaire. L’administration Trump avait toutefois déclaré vendredi qu’elle cherchait à prévenir un conflit avec la Chine concernant Taïwan et la mer de Chine méridionale en renforçant la puissance militaire des États-Unis et de leurs alliés. Des sources proches du dossier ont révélé que Trump avait récemment exhorté Takaichi à ne pas aggraver les tensions, après une conversation avec le président chinois Xi Jinping, qui avait souligné que le retour de Taïwan à la Chine était un élément central de la vision de Pékin pour l’ordre mondial.
Des incidents similaires se sont déjà produits par le passé. En 2013, le Japon avait accusé un navire de guerre chinois de l’avoir ciblé avec son radar. Trois ans plus tard, Pékin avait accusé des avions japonais d’avoir fait de même avec des chasseurs chinois. En juin dernier, Tokyo avait signalé que des avions chinois avaient volé dangereusement près d’un avion de patrouille japonais près d’Okinawa. Jeudi, des sources et des rapports de renseignement indiquaient que la Chine avait déployé plus de 100 navires de la marine et des garde-côtes dans les eaux d’Asie de l’Est, une accumulation perçue comme une menace pour la région Indo-Pacifique par le gouvernement taïwanais.
Les garde-côtes de Taïwan ont déclaré dimanche surveiller des exercices de trois navires de sécurité maritime chinois du côté ouest de la ligne médiane du détroit de Taïwan, mais ont affirmé que la situation dans les eaux entourant Taïwan restait « normale ». Les médias d’État chinois ont décrit ces exercices comme des opérations de recherche et de sauvetage dans les eaux centrales du détroit, patrouillant des zones à fort trafic. Les garde-côtes de Taïwan ont cependant accusé la Chine d’utiliser des « termes trompeurs et faux » dans le but de harceler Taïwan et de mener une guerre psychologique. La Chine revendique une souveraineté exclusive sur le détroit de Taïwan, une voie commerciale majeure, tandis que les États-Unis et Taïwan considèrent qu’il s’agit d’une voie navigable internationale.