Pour encourager l’adoption de l’intelligence artificielle, certaines entreprises n’hésitent plus à miser sur des incitations financières, voire des primes considérables. Un cabinet d’avocats britannique a ainsi mis en jeu plus d’un million d’euros pour stimuler l’utilisation d’un chatbot par ses employés.
Shoosmiths LLP a annoncé un bonus total d’1,5 million de livres sterling (environ 1,7 million d’euros) si ses collaborateurs utilisent le chatbot Microsoft Copilot un million de fois au cours de l’année. Selon les estimations de la direction, cela représente une moyenne de quatre utilisations quotidiennes par employé. L’objectif semble être en voie d’être atteint, ce qui se traduirait par une prime individuelle de 878 euros par salarié.
L’objectif premier de cette démarche, selon un cadre interrogé par Bloomberg, est de créer une habitude. « Une fois que les comportements auront évolué et que l’IA sera perçue comme un outil indispensable, et non plus comme une menace, nous pourrons être beaucoup plus sélectifs », a-t-il expliqué.
Cette stratégie n’est pas isolée. Le géant informatique IBM a mis en place un système de cadeaux – places de concert, électroménager – pour récompenser les participants à un concours d’innovation en matière d’IA. La startup 1Mind, spécialisée dans le développement d’agents d’IA, envisage même d’attribuer des actions de l’entreprise aux employés qui trouveraient des moyens d’automatiser leur propre poste, avec la promesse de les réaffecter à d’autres fonctions par la suite.
En France, le laboratoire pharmaceutique Sanofi a fait appel à la société Workhuman pour mettre en œuvre un programme de récompenses. Les employés qui utilisent les outils d’IA reçoivent des points échangeables contre des produits ou des cartes-cadeau. « La reconnaissance alimente la confiance, et la confiance est ce qui rend l’adoption de l’IA possible et à grande échelle », a déclaré Raj Verma, responsable de la culture, de l’inclusion et de l’expérience chez Sanofi, à Bloomberg. « En récompensant ceux qui expérimentent et partagent leurs découvertes, nous construisons une culture qui voit l’IA comme une opportunité, et non comme une menace. »
Paradoxalement, les programmes d’incitation semblent particulièrement cibler les jeunes, qui se montrent pourtant les plus réticents à adopter ces technologies. Selon une étude de Workhuman, seulement 20,4 % des travailleurs estiment que l’IA menace leur emploi, mais ce chiffre grimpe à près de 30 % chez la génération Z.
À ce stade, l’impact de l’IA sur le marché du travail américain n’est pas encore massif, selon une étude de l’université Yale. Cependant, de plus en plus d’entreprises invoquent le déploiement de l’IA pour justifier des embauches limitées ou des suppressions de postes. Les chercheurs de Yale soulignent que les bouleversements technologiques majeurs se déroulent généralement sur des décennies, et non sur des mois ou des années, citant l’exemple de l’informatique qui a mis près de dix ans à se généraliser dans les bureaux.