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Des centenaires qui veulent juste travailler

by Amélie Bernard

Publié le 2025-11-04 08:17:00. Face au vieillissement rapide de sa population, le Japon voit une part croissante de ses citoyens centenaires continuer à travailler, trouvant dans l’activité une source de vitalité et un sens à leur existence.

  • Plus de 100 000 Japonais ont dépassé l’âge de 100 ans, et le travail est souvent un élément clé de leur longévité.
  • Des métiers traditionnels, comme la réparation de vélos ou la confection de nouilles, sont maintenus en vie par des personnes âgées refusant la retraite.
  • Cette tendance reflète une culture où le travail est perçu comme une contribution sociale et une source d’épanouissement personnel.

Le Japon est confronté à un défi démographique majeur : une population vieillissante et un taux de natalité en baisse. Cette situation conduit à une pénurie de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs, mais elle révèle également une nouvelle réalité : une génération de centenaires qui refuse de renoncer à l’activité professionnelle. Alors que le système de retraite est mis à rude épreuve, ces aînés incarnent une forme de continuité et de résilience face aux mutations de la société.

L’un des exemples les plus frappants est celui de Seiichi Ishii, 103 ans, qui continue de réparer des vélos dans le même quartier de Tokyo où il a débuté comme apprenti. Sa silhouette courbée, vêtue d’une combinaison bleue trop grande, symbolise une éthique du travail qui transcende l’âge. Il refuse de quitter son emploi, affirmant que c’est ce qui donne un sens à ses journées. Comme il le confie,

« Si je meurs ici, je mourrai heureux. »

Seiichi Ishii

Fuku Amakawa, 102 ans, est un autre exemple éloquent. Elle gère depuis six décennies le restaurant familial où elle prépare des nouilles avec une habileté intacte. La chaleur de la vapeur maintient sa peau douce et son esprit vif. Elle travaille cinq à six jours par semaine, convaincue que l’effort physique est essentiel à sa santé. Son restaurant, ouvert avec son mari et aujourd’hui soutenu par ses enfants, est devenu un lieu de persévérance et de transmission.

Masafumi Matsuo, 101 ans, cultive du riz, des aubergines et des concombres dans les montagnes d’Oita. Il travaille au soleil, avec des pauses mesurées, et apporte des offrandes de riz à la petite chapelle où il honore sa défunte épouse. Survivant du cancer et de la Covid-19, il s’accroche à la terre comme une forme de continuité, labourant le champ pour entretenir le lien avec son passé et sa famille. Il joue avec son arrière-petit-fils, observe les sauterelles et retrouve la sérénité dans le cycle naturel de la vie.

Tomoko Horino, 102 ans, continue de vendre des cosmétiques, comme elle le fait depuis l’âge de 39 ans, défiant les conventions sociales qui interdisaient aux femmes mariées de travailler. Elle a transformé son intuition esthétique en une source de revenus et de fierté. Aujourd’hui veuve et seule, elle effectue ses ventes par téléphone, s’occupe du chat du quartier et ressent la même émotion en aidant ses clientes à retrouver confiance en elles. Son histoire illustre l’évolution de la femme japonaise et la valeur du travail comme affirmation personnelle.

Tomeyo Ono, 101 ans, est assise sur un coussin et récite des histoires traditionnelles (minwa) avec une énergie surprenante. Elle a commencé à raconter des histoires à soixante-dix ans, dans une société où les femmes de sa génération n’avaient pas la possibilité de s’exprimer publiquement. Depuis le tsunami de 2011 qui a dévasté sa maison à Fukushima, elle mélange les légendes ancestrales avec ses souvenirs de la catastrophe, convaincue que raconter, c’est préserver la mémoire de ceux qui sont partis. Elle mange du natto, écrit son journal, rit, pleure et affirme qu’elle ne rêve que de retrouver les êtres chers qu’elle a perdus.

Ces portraits témoignent d’une vision du Japon qui va au-delà de sa crise démographique : celle d’une société où le travail n’est pas seulement un moyen de subsistance, mais aussi une affirmation morale et une continuité émotionnelle. Dans chacun de ces cas, l’activité maintient la santé, protège de la solitude et donne un but à l’existence. Contrairement au stéréotype de la retraite dorée, ces centenaires incarnent une forme différente de plénitude : celle du geste répété qui soutient l’identité.

Dans un pays où le nombre de personnes âgées dépasse déjà celui des jeunes, leur exemple n’est pas une curiosité, mais plutôt une réponse : continuer à travailler, au Japon, c’est continuer à vivre.

Images | Rawpixel

À Xataka | Les jeans en provenance du Japon sont devenus un produit de luxe. Le problème c’est qu’il manque de mains pour les tricoter.

À Xataka | Le fait que le Japon compte 100 000 habitants de plus de 100 ans explique un problème : ils manquent littéralement de chauffeurs.

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