Publié le 18 novembre 2025 à 17h00. Des chercheurs de l’Université de Bâle ont réussi à recréer en laboratoire un environnement complexe imitant la moelle osseuse humaine, une avancée qui pourrait réduire le recours à l’expérimentation animale et ouvrir la voie à des traitements personnalisés contre le cancer du sang.
- Pour la première fois, une réplique réaliste de la moelle osseuse humaine a été fabriquée à partir de cellules humaines.
- Ce modèle 3D, d’un diamètre de 8 millimètres et d’une épaisseur de 4 millimètres, reproduit la structure et la diversité cellulaire de la niche endostéale, une zone clé pour la formation des cellules sanguines.
- Cette innovation pourrait diminuer le nombre d’expériences sur les animaux dans la recherche sur le cancer du sang et le développement de médicaments.
La moelle osseuse, véritable usine de production des cellules sanguines, est un tissu complexe composé de cellules osseuses, de vaisseaux sanguins, de nerfs et d’autres éléments cellulaires. Jusqu’à présent, les recherches sur son fonctionnement reposaient principalement sur des modèles animaux ou des cultures cellulaires simplifiées, limitant la pertinence des résultats pour l’humain. L’équipe du professeur Ivan Martin et du Dr Andrés García García, relevant du Département de biomédecine de l’Université de Bâle et de l’Hôpital universitaire de Bâle, a franchi une étape décisive en présentant un modèle tridimensionnel plus fidèle à la réalité.
Ce modèle innovant est basé sur une ossature artificielle constituée d’hydroxyapatite, un composant essentiel des os et des dents. Les chercheurs ont ensuite utilisé des cellules humaines reprogrammées en cellules souches, capables de se différencier en divers types de cellules de la moelle osseuse en réponse à des signaux spécifiques. En intégrant ces cellules dans la structure osseuse artificielle et en stimulant leur différenciation, ils ont réussi à recréer un environnement cellulaire complexe et reproductible.
L’une des particularités de ce modèle est sa capacité à reproduire la niche endostéale, une zone située à proximité de la surface osseuse, cruciale pour la formation des cellules sanguines et impliquée dans la résistance des cancers du sang aux thérapies. Selon les chercheurs, ce modèle se rapproche beaucoup plus de la composition de cette niche que les systèmes existants.
« Nous avons beaucoup appris sur le fonctionnement de la moelle osseuse grâce à des expériences sur des souris », explique le professeur Ivan Martin. « Grâce à notre modèle, nous nous rapprochons beaucoup plus de l’organisme humain. De nombreuses expériences sur des animaux dans le cadre de la recherche sur la formation du sang dans des états sains et malades pourraient ainsi être réduites. » Cette avancée s’inscrit dans la politique de l’université visant à réduire, affiner ou remplacer les tests sur les animaux chaque fois que possible.
Si la taille du modèle constitue un obstacle pour certains tests de développement de médicaments, nécessitant une miniaturisation pour tester plusieurs principes actifs en parallèle, les perspectives à long terme sont prometteuses. Les chercheurs envisagent de créer des modèles personnalisés de moelle osseuse à partir des cellules de patients atteints de cancer, afin de tester différentes thérapies et d’identifier le traitement le plus adapté.
Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue spécialisée Cell Stem Cell (Qing Li et coll., 2025).
Contact scientifique :
Prof. Dr Ivan Martin, Université de Bâle, Hôpital universitaire de Bâle, [email protected]
Dr Andrés García García, Université de Bâle, Hôpital universitaire de Bâle, [email protected]
