Des chercheurs chinois ont identifié trois composés inédits dans le café qui pourraient ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de gestion du diabète de type 2. Ces molécules, extraites des grains de café arabica, inhibent puissamment une enzyme clé dans la digestion des sucres, avec une efficacité supérieure à celle de certains médicaments existants.
L’étude, menée par une équipe de l’Institut de botanique de Kunming (Académie chinoise des sciences) et publiée dans la revue Beverage Plant Research, met en lumière le potentiel insoupçonné du café en tant qu’aliment fonctionnel. Les aliments fonctionnels, contrairement à une simple nutrition de base, contiennent des molécules naturelles aux effets bénéfiques sur la santé, tels que des propriétés antioxydantes ou hypoglycémiantes.
L’identification de ces composés s’est avérée complexe en raison de la richesse chimique du café torréfié. Les méthodes traditionnelles de découverte se révèlent souvent lentes et peu efficaces. L’équipe de Minghua Qiu a donc mis au point une approche en trois étapes, basée sur l’activité biologique, pour isoler les esters diterpéniques bioactifs responsables de l’inhibition de l’α-glucosidase – une enzyme qui régule la vitesse à laquelle le sucre est absorbé dans le sang.
La première étape a consisté à séparer l’extrait diterpénique brut en 19 fractions par chromatographie sur gel de silice. L’analyse par résonance magnétique nucléaire (RMN) et les tests d’inhibition de l’α-glucosidase ont permis d’identifier les fractions les plus actives (Fr.9 à Fr.13). Une analyse plus approfondie de la fraction Fr.9 a révélé la présence d’un groupe aldéhyde, confirmant les premières observations.
Après purification par chromatographie liquide haute performance (HPLC), les scientifiques ont isolé trois esters diterpéniques jusqu’alors inconnus, baptisés caffaldéhydes A, B et C. Leur structure chimique a été validée par RMN et spectrométrie de masse à haute résolution (HRESIMS). « Bien que les trois caffaldéhydes diffèrent par leur composition en acides gras (palmitique, stéarique et arachidique), ils présentent tous une inhibition notable de l’α-glucosidase », expliquent les chercheurs.
Les valeurs IC₅₀ (concentration inhibitrice à 50 %) de ces composés – 45,07 μM pour le caffaldéhyde A, 24,40 μM pour le caffaldéhyde B et 17,50 μM pour le caffaldéhyde C – sont supérieures à celles de l’acarbose, un médicament couramment prescrit pour le diabète.
Pour identifier d’autres composés traces difficiles à détecter par RMN ou HPLC, l’équipe a utilisé la chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse (LC-MS/MS) et a construit un réseau moléculaire à l’aide des logiciels GNPS et Cytoscape. Cette analyse a permis de découvrir trois autres esters diterpéniques inconnus (composés 4 à 6), étroitement liés aux caffaldéhydes A, B et C, mais contenant différents acides gras (magarique, octadécénoïque et nonadécanoïque). Ces substances n’avaient jamais été signalées dans la littérature scientifique.
Les chercheurs soulignent que cette stratégie de déréplication intégrée s’avère particulièrement efficace pour identifier des composés structurellement divers et biologiquement pertinents dans des aliments complexes comme le café torréfié. À ce stade, des études complémentaires sont prévues pour évaluer la sécurité et l’efficacité de ces diterpènes nouvellement découverts, ainsi que leurs effets biologiques in vivo. L’objectif est de déterminer si ces composés pourraient être intégrés dans des aliments fonctionnels ou des nutraceutiques destinés à aider à la gestion de la glycémie et du diabète de type 2.
Cette approche de criblage de haute précision pourrait également être appliquée à d’autres sources alimentaires complexes afin d’accélérer la découverte de composés bénéfiques pour la santé.
