Publié le 31 octobre 2025 07h30. Des informations techniques sensibles concernant les sous-marins, ainsi que des données sur la coopération en matière de renseignement, ont été divulguées sur le darknet, compromettant potentiellement les programmes de défense de plusieurs pays européens et de l’OTAN. Cette fuite frappe de plein fouet le groupe français Naval Group, au moment où il est en lice pour un contrat majeur en Pologne.
- Plus de 13 gigaoctets de données confidentielles ont été mis en circulation sur des forums du darknet.
- La fuite comprend des informations détaillées sur les systèmes de combat sous-marins, les logiciels sonar et les profils acoustiques.
- Des documents relatifs à la coopération en matière de renseignement entre la France et la Pologne ont également été divulgués.
Le groupe français de construction navale Naval Group est confronté à une nouvelle crise majeure après la diffusion massive de fichiers confidentiels sur le darknet début octobre. Des analystes estiment qu’il s’agit de l’une des fuites les plus sensibles jamais enregistrées dans le secteur européen de l’armement. Selon des sources sécuritaires, une partie des données, représentant plus de 13 gigaoctets, circule déjà en ligne, tandis que le reste serait proposé à la vente sur les marchés clandestins du darknet.
Les documents divulgués contiennent des informations détaillées sur les systèmes de combat sous-marins, les logiciels de traitement des signaux sonar et les profils acoustiques. Plus grave encore, la fuite comprend des dossiers décrivant la coopération entre les services de renseignement français et polonais, notamment des projets dans les domaines de la cybersécurité et de l’intelligence artificielle. D’autres documents pourraient révéler des paramètres de détection, des algorithmes sonar ou des intégrations de commandes pour différentes classes de sous-marins.
Les experts mettent en garde contre les conséquences potentielles de cette fuite, qui pourrait nuire à l’ensemble des programmes de sous-marins de l’OTAN, et pas seulement à Naval Group. La divulgation de profils acoustiques et de données sonar pourrait permettre aux adversaires d’identifier et de suivre plus facilement les sous-marins, compromettant ainsi des décennies d’efforts pour renforcer leur furtivité.
Cette nouvelle affaire intervient alors que Naval Group est en position de favori pour fournir à la Pologne de nouveaux sous-marins dans le cadre du programme ORKA, un contrat d’un milliard de dollars. Le constructeur français propose la plateforme Scorpène et a déjà signé un accord de coopération avec le groupe étatique polonais PGZ. La divulgation d’informations sur des projets de renseignement conjoints pourrait cependant semer le doute à Varsovie, où la sécurité des données classifiées est un élément aussi crucial que les performances techniques des sous-marins.
Naval Group n’a pas encore officiellement confirmé l’authenticité des fichiers divulgués, mais a déclaré qu’une enquête interne sur une « potentielle violation de données » était en cours. Cependant, selon des sources du renseignement, des copies des documents continuent de circuler sur les canaux du darknet et il est peu probable qu’elles puissent être complètement neutralisées.
Cette fuite n’est pas un incident isolé pour Naval Group. En 2016, plus de 22 000 pages secrètes concernant les sous-marins indiens de classe Scorpène – incluant les fréquences des sonars et les systèmes de furtivité – avaient déjà été divulguées, entraînant une enquête internationale et des modifications techniques coûteuses de la flotte indienne. Des audits en 2020 avaient déjà mis en évidence la centralisation excessive des réseaux internes de l’entreprise et l’utilisation de points d’accès communs par les fournisseurs, créant un environnement propice aux attaques de piratage sophistiquées. En 2022, l’entreprise avait également été victime d’une attaque par rançongiciel LockBit 3.0, au cours de laquelle des gigaoctets de données avaient été dérobés et diffusés sur les marchés clandestins.
Selon les premières informations, l’incident actuel, datant de 2025, concernerait jusqu’à un téraoctet de codes sources, d’algorithmes sonar et de systèmes de communication internes. Les experts en sécurité estiment qu’il s’agit du signe d’une défaillance systémique plus profonde dans la gestion des informations sensibles.
« Ils réparent les murs après chaque attaque, mais les fondations restent fissurées. »
Responsable européen du cyber-renseignement
Comme le souligne un responsable proche du processus de passation des marchés polonais :
« Les fuites de données se propagent plus vite que le son. Une fois vos secrets dévoilés sur le darknet, ils ne reviendront jamais. »
Responsable proche du processus de passation des marchés polonais
Cet incident souligne une fois de plus la vulnérabilité des systèmes de défense modernes face à l’espionnage numérique. Pour les partenaires de l’OTAN, il est clair que, dans les marchés publics, la protection des données doit souvent primer sur le prix ou les performances.
Pour aller plus loin
