Home MondeDes doutes surgissent sur le plan de paix de Donald Trump à Gaza – DW – 14/10/2025

Des doutes surgissent sur le plan de paix de Donald Trump à Gaza – DW – 14/10/2025

by Clara Dubois

Publié le 15 octobre 2025 04:49:00. Un cessez-le-feu négocié entre Israël et le Hamas à Gaza est en place, mais sa mise en œuvre s’avère complexe et floue, suscitant des interrogations sur sa pérennité et les conditions de retrait des troupes israéliennes.

  • Un accord de cessez-le-feu a été conclu, mais les détails restent vagues, notamment concernant la démilitarisation de Gaza et le rôle d’une force internationale de stabilisation.
  • Le retrait des troupes israéliennes se fait par étapes, avec une première phase achevée à la « ligne jaune », mais le contrôle israélien demeure sur une partie significative du territoire.
  • L’avenir du Hamas reste incertain, avec des questions sur son désarmement et sa transformation potentielle en une force politique.

L’accord de cessez-le-feu, fruit de négociations ardues, est qualifié de « vague et indéfini » par les experts. Cette ambiguïté, selon certains observateurs et principaux médiateurs, aurait été délibérée afin de faciliter l’adhésion des deux parties : le Hamas, organisation classée terroriste par plusieurs pays et basée à Gaza, et le gouvernement israélien de droite.

La mise en œuvre progressive du retrait militaire israélien est au cœur des préoccupations. L’accord prévoit que les troupes israéliennes ne contrôleront ni n’annexeront Gaza, et qu’elles se retireront progressivement en fonction de la libération des otages israéliens. Ces derniers jours, un retrait partiel a été constaté, atteignant la « ligne jaune », une frontière située à l’intérieur de Gaza. Cependant, l’armée israélienne conserve le contrôle d’environ la moitié du territoire de la bande de Gaza.

Le prochain retrait, vers une « ligne rouge », est conditionné au déploiement d’une « Force internationale de stabilisation » (FIS). Aucun calendrier précis n’a été établi, laissant planer l’incertitude sur le calendrier de ce retrait complet. Israël revendique la nécessité de maintenir une zone de sécurité entre Israël et Gaza, initialement fixée à 300 mètres de la frontière, puis élargie à une profondeur de 700 à 1 100 mètres à l’intérieur de Gaza selon un rapport de mars dernier de l’organisation israélienne Gisha, qui milite pour la liberté de mouvement des Palestiniens. Cette zone représente environ 17 % de la bande de Gaza et impliquerait la destruction de communautés et la perte d’accès aux terres agricoles.

Qui composera la « Force internationale de stabilisation » ?

Le plan de paix prévoit la coopération des États-Unis avec leurs partenaires arabes et internationaux pour déployer une FIS, qui sécurisera les frontières de Gaza en collaboration avec Israël et l’Égypte, tout en formant et soutenant une nouvelle force de police. Cependant, des experts du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), basé à Washington, soulignent les obstacles majeurs à la création de cette force, notamment l’absence de soutien clair des éléments palestiniens sur le terrain, y compris le Hamas, qui s’oppose à cette idée.

La France s’est déclarée prête à contribuer à la FIS, tandis que l’Allemagne a annoncé qu’elle fournirait des fonds pour sa création, sans toutefois envoyer de personnel.

Quel avenir pour le Hamas ?

Des informations font état d’une reprise en main de la sécurité à Gaza par le Hamas, qui affronterait des groupes rivaux accusés de pillage d’aide humanitaire et de collusion avec Israël. L’administration Trump aurait donné au Hamas « une approbation limitée dans le temps » afin d’éviter de nouvelles tensions sociales dans le territoire dévasté.

Bien que l’accord de paix évoque une « démilitarisation complète de Gaza », il manque de détails précis sur sa mise en œuvre. Hugh Lovatt, responsable de la recherche au Conseil européen des relations étrangères (ECFR), a déclaré :

« Le fait qu’Israël et le Hamas se soient mis d’accord sur une première phase d’un plan de cessez-le-feu constitue une première étape importante. Cependant, il est trop tôt pour parler de paix et il reste encore des problèmes et des préoccupations importantes qui doivent être résolus. La clé d’un cessez-le-feu réussi est que les plans puissent effectivement être mis en œuvre et que les deux parties respectent leurs engagements. »

Hugh Lovatt, responsable de la recherche au Conseil européen des relations étrangères (ECFR)

Lovatt souligne qu’Israël pourrait retarder son retrait jusqu’à la « ligne rouge » en exigeant une « démilitarisation complète », sans que la définition de celle-ci soit claire. Il ajoute :

« Même si les dirigeants du Hamas acceptent la demande d’Israël [de desarme], nombre de ses combattants refuseraient probablement de remettre leurs armes et pourraient faire défection vers des groupes plus radicaux. »

Hugh Lovatt, dans une analyse récente

Il est également souligné que le Hamas est bien plus qu’un groupe armé : c’est un parti politique dont l’idéologie est ancrée dans la résistance à l’occupation israélienne et qui continuera probablement d’exister en tant que force politique.

Qui garantira le respect du plan de paix ?

Les observateurs s’accordent à dire que, compte tenu du manque de détails du plan, il est impératif que quelqu’un en assume la responsabilité pour le rendre plus concret. Des experts de l’International Crisis Group et du CSIS ont averti que Netanyahu pourrait être tenté de reprendre la guerre une fois les otages libérés, afin de satisfaire l’aile droite de son gouvernement et de préserver sa position politique. Ils insistent sur la nécessité d’une pression continue des États-Unis sur Israël pour éviter ce scénario.

Emile Hokayem, chercheur à l’Institut international d’études stratégiques, met en garde dans le Financial Times : « Le plan pourrait échouer si les États-Unis se lassent ou se laissent distraire, ou s’ils se laissent à nouveau convaincre par les secteurs les plus radicaux d’Israël. »

(os/cp)

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