Home DivertissementDes initiés de l’humour sur les menaces nocturnes et le stand-up à Riyad

Des initiés de l’humour sur les menaces nocturnes et le stand-up à Riyad

by Antoine Girard

Publié le 11 octobre 2025 à 15h16. La scène comique est en pleine mutation, tiraillée entre censure, pressions politiques et la quête d’un public toujours plus difficile à atteindre. Des humoristes canadiens réagissent aux récentes controverses et aux défis qui se posent à leur profession.

  • La suspension temporaire de l’émission de Jimmy Kimmel a soulevé des questions sur la liberté d’expression et l’ingérence politique.
  • Des humoristes comme Russell Peters et Sugar Sammy ont été critiqués pour leur participation à un festival de comédie en Arabie saoudite, où des restrictions sur les sujets abordés étaient imposées.
  • Les professionnels de l’humour canadiens s’interrogent sur l’avenir de leur art dans un contexte de polarisation croissante et de sensibilité accrue.

La récente suspension de l’émission de fin de soirée de Jimmy Kimmel, suite à des critiques du président américain, a provoqué une onde de choc dans le monde de la comédie. Pour Ryan Belleville, humoriste, acteur et scénariste canadien, cet incident est une violation flagrante du Premier Amendement.

« Beaucoup de gens sont devenus insensibles à ce qui se passe dans le monde, mais quelque chose à propos de la suspension de Kimmel les a réveillés. Je pense que c’était une violation flagrante du Premier Amendement, le gouvernement s’appuyant littéralement sur la FCC pour retirer quelqu’un que le président n’aimait pas. C’était juste mal. Lorsque le Congrès échoue, lorsque les institutions échouent, nous avons au moins encore des clowns comme Jon Stewart. Ils constituent notre dernière ligne de défense. »

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de la liberté d’expression et de la censure. La participation de certains humoristes à un festival de comédie organisé à Riyad, en Arabie saoudite, a également suscité la controverse. Des artistes comme Russell Peters et Sugar Sammy ont accepté de se produire dans ce pays, tout en acceptant une liste de sujets interdits, notamment les critiques envers la famille royale ou la religion. Cette décision a été vivement critiquée par certains, qui y voient une compromission des principes fondamentaux de la comédie.

Andrew Clark, directeur du programme de comédie du Humber College à Toronto, souligne l’aspect surprenant de cette situation.

« L’idée que le gouvernement utilise une branche du gouvernement qui n’est pas censée être politique pour forcer une organisation très grande et puissante comme Disney à censurer quelqu’un était surprenante. »

Il ajoute que les gouvernements qui cherchent à contrôler l’expression ne renonceront pas facilement à ce pouvoir.

Lisa Paul, créatrice et commissaire principale du festival annuel Comedy Is Art, met en garde contre une tendance à la sur-sensibilité et à la censure.

« Ce que Kimmel a dit n’était pas particulièrement flagrant, surtout si l’on pense à certaines des choses que d’autres ont dites dans la sphère publique. Cet excès était donc alarmant. »

L’avenir de la comédie de fin de soirée est également remis en question, avec une baisse des audiences et une préférence croissante pour les formats courts sur les réseaux sociaux. Ryan Belleville a récemment lancé une émission sur YouTube, « After Hours With Ryan Belleville », pour explorer de nouvelles voies. Il explique :

« Je parlais avec des amis de la nécessité d’une émission canadienne, et Gary Rideout Jr. du Comedy Bar m’a dit : « Pourquoi n’en animez-vous pas une ? » Ce n’est pas ce que je voulais faire. Mais se plaindre ne mène nulle part. »

Il souligne également le succès de podcasts comme « Kill Tony », qui attirent un public important grâce à leur format libre et spontané.

Les humoristes canadiens se sentent parfois bridés par des contraintes auto-imposées ou par la crainte de choquer le public. Ryan Belleville se souvient d’une expérience où il a été censuré par la CBC pour avoir utilisé un terme jugé offensant.

« Je leur ai dit que j’avais fait cette blague à plusieurs reprises, à Terre-Neuve et ailleurs, et que j’allais la faire. Ils ont dit qu’ils le couperaient. Quand j’ai fait la blague, elle a fait beaucoup rire dans une salle de 1 500 places et elle a été diffusée. Mais il y avait un manque de confiance fondamental. »

Andrew Clark rappelle que la CBC a déjà censuré des sketches de la troupe « CODCO » dans les années 1990, par crainte de choquer le public.

« La SRC voulait une comédie qui ait un impact social et qui permette à tout le monde de se sentir mieux. »

Face à ces défis, les professionnels de l’humour canadiens appellent à une plus grande liberté d’expression et à une prise de risque accrue. Lisa Paul insiste sur l’importance de créer un espace où les artistes peuvent s’exprimer librement, tout en respectant la sensibilité du public.

« Je veux aussi que la programmation reflète ce que je vois lorsque je marche dans la rue ou que je vais à un jam (comédie). Je veux que la scène ressemble au Toronto que je connais. »

L’avenir de la comédie dépendra de la capacité des artistes à trouver un équilibre entre la liberté d’expression, la responsabilité sociale et la recherche de l’humour. Comme le souligne Andrew Clark,

« Vous voulez avoir la liberté d’expression, mais je plaiderais pour une parole responsable. »

Cette interview a été condensée et éditée pour plus de clarté.

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