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Des maisons vides en Espagne ciblées par des squatteurs alors que les propriétaires doivent attendre longtemps pour récupérer leurs propriétés

Publié le 30 novembre 2025 à 08h15. Des propriétaires aux îles Canaries se retrouvent piégés dans un engrenage juridique complexe face à l'occupation illégale de leurs biens, une crise exacerbée par la spéculation immobilière et un marché du…

Des maisons vides en Espagne ciblées par des squatteurs alors que les propriétaires doivent attendre longtemps pour récupérer leurs propriétés

Publié le 30 novembre 2025 à 08h15. Des propriétaires aux îles Canaries se retrouvent piégés dans un engrenage juridique complexe face à l’occupation illégale de leurs biens, une crise exacerbée par la spéculation immobilière et un marché du logement tendu.

  • Des propriétaires sont bloqués de leurs maisons par des squatteurs, confrontés à des frais juridiques considérables et à des dégradations.
  • La loi espagnole protège fortement le droit au logement, favorisant les squatteurs après seulement 48 heures d’occupation.
  • Une nouvelle loi anti-squat, adoptée en mars 2025, peine à être appliquée, laissant les propriétaires dans l’incertitude.

Aux îles Canaries, un nombre croissant de propriétaires, dont certains sont des acheteurs étrangers, se retrouvent dans une situation désespérée : leurs maisons sont occupées par des squatteurs, et les procédures d’expulsion s’avèrent longues, coûteuses et souvent infructueuses. Un documentaire de Channel 4 a mis en lumière cette crise grandissante, révélant des cas où des propriétaires sont contraints de vivre dans des conditions précaires, comme dans un conteneur maritime, alors que leurs biens sont occupés.

Cette situation intervient dans un contexte de tension immobilière extrême aux îles Canaries. L’essor du tourisme a entraîné une flambée des loyers, tandis que les salaires locaux restent bas et l’offre de logements est insuffisante. En 2023, 209 propriétés ont été acquises par des Irlandais dans l’archipel, selon Spanish Property Insight, ce qui témoigne de l’attrait de la région, mais aussi de sa vulnérabilité face à la spéculation.

La journaliste de Channel 4, Anja Popp, explique que beaucoup ignorent les difficultés rencontrées par les propriétaires :

« Je ne savais pas à quel point la loi favorisait les squatteurs, même si c’est illégal. Ils ont essentiellement plus de droits que leurs propriétaires après quelques jours. Et c’est vraiment une tâche difficile, coûteuse et laborieuse de les faire sortir. »

Anja Popp, journaliste à Channel 4

En vertu de la législation espagnole, le droit au logement est fortement protégé. Les propriétaires doivent obtenir une décision de justice pour expulser les squatteurs après 48 heures d’occupation. De plus, ils sont tenus de continuer à payer les factures d’énergie et d’eau pendant la période d’occupation, sous peine d’être accusés de coercition.

Bien qu’une nouvelle loi anti-squat, adoptée en mars 2025, vise à renforcer les droits des propriétaires et à accélérer les expulsions, sa mise en œuvre s’avère lente et inégale. La durée moyenne d’une procédure judiciaire pour expulser un squatteur est d’environ 26 mois (entre la première instance et l’appel) depuis 2023, ce qui constitue un record en Espagne.

L’histoire de Margarita Domínguez, propriétaire d’un hôtel de 92 lits à Tenerife, illustre les difficultés rencontrées. Elle a déjà dépensé plus de 50 000 € en frais juridiques pour tenter d’expulser plus de 200 squatteurs qui ont pris le contrôle de son établissement, resté brièvement vacant en attendant sa mise en vente. Elle doit également assumer des factures d’énergie exorbitantes, atteignant près de 6 000 € le dernier mois, et anticipe des coûts de réparation considérables, aggravés par un incendie récent qui a privé certaines parties de l’hôtel d’eau et d’électricité. Selon Mme Popp, les gangs criminels s’emparent des bâtiments, puis louent des chambres aux occupants, sans que les revenus ne profitent aux propriétaires.

Carlos, un habitant de Grande Canarie, a été contraint de vivre dans un conteneur maritime – étouffant en été et glacial en hiver – après que son logement ait été squatté par un ancien locataire qui avait cessé de payer son loyer. Malgré une ordonnance du tribunal obtenue il y a plus d’un an, il n’a toujours pas pu récupérer son bien, en raison de la situation de handicap de l’occupant.

Le phénomène de squatting recouvre une réalité complexe, allant des gangs organisés louant illégalement des chambres aux familles qui n’ont tout simplement pas les moyens de se loger. Certains propriétaires ont même acheté des biens déjà occupés à prix réduit, faute de pouvoir accéder au marché immobilier autrement. De nombreuses personnes impliquées dans ces situations travaillent dans le secteur du tourisme, avec des salaires trop bas pour payer les loyers élevés, ou sont des ressortissants étrangers, notamment colombiens.

Face à cette situation, certains propriétaires se tournent vers des groupes « desokupa », des équipes composées d’anciens détenus et de videurs qui utilisent des tactiques d’intimidation pour forcer les squatteurs à partir. Bien qu’ils ne puissent pas expulser les occupants légalement, ils peuvent exercer une pression psychologique en bloquant l’accès à certains espaces, par exemple. Ces interventions peuvent être terrifiantes pour les squatteurs, qui appellent souvent la police pour se protéger.

Les experts du logement soulignent la nécessité d’investir davantage dans le logement abordable et de mieux distinguer les gangs criminels des occupants vulnérables pour enrayer la crise. Pour les propriétaires résidant à l’étranger, Anja Popp conseille de s’assurer que le bien est occupé, car les propriétés inoccupées sont les plus vulnérables.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.