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Des patrouilleurs aux récifs coralliens : nouvel axe de la diplomatie en mer de Chine méridionale

Publié le 27 novembre 2025 à 13h10. Face à la dégradation rapide de l'environnement marin, les pays riverains de la mer de Chine méridionale explorent de nouvelles voies de coopération, privilégiant la gestion des ressources et la protection…

Des patrouilleurs aux récifs coralliens : nouvel axe de la diplomatie en mer de Chine méridionale

Publié le 27 novembre 2025 à 13h10. Face à la dégradation rapide de l’environnement marin, les pays riverains de la mer de Chine méridionale explorent de nouvelles voies de coopération, privilégiant la gestion des ressources et la protection de l’écosystème au détriment des traditionnelles querelles territoriales.

  • Une série de conférences récentes en Asie du Sud-Est témoignent d’un intérêt croissant pour la dimension environnementale des enjeux en mer de Chine méridionale.
  • Le déclin alarmant des stocks de poissons (plus de 70 % depuis les années 1950) et la menace qui pèse sur les récifs coralliens poussent les États à envisager des solutions communes.
  • La Chine, traditionnellement réticente aux discussions multilatérales, semble ouvrir la voie à une diplomatie environnementale, notamment en accueillant un symposium international sur la gouvernance des océans en décembre.

Les tensions géopolitiques restent vives en mer de Chine méridionale, mais un nouveau sujet s’impose dans les discussions : la santé de l’écosystème marin. Des conférences se sont multipliées ces derniers mois, du Dialogue de Manille aux Philippines à la conférence de Kuala Lumpur, en Malaisie, en passant par le rassemblement de Da Nang au Vietnam. Ces rencontres, qui réunissent diplomates, militaires, universitaires et experts, mettent l’accent sur des thèmes jusqu’alors relégués au second plan : la prévention des crises, la gestion durable des pêches et le renforcement de la confiance mutuelle.

La situation est préoccupante. Les études régionales révèlent une chute drastique des populations de poissons, avec une diminution de plus de 70 % depuis les années 1950. Parallèlement, 80 % des récifs coralliens de la région sont dégradés ou menacés par l’acidification des océans, la surpêche et les pratiques de pêche destructrices. Pour les communautés côtières du Vietnam, de l’Indonésie et des Philippines – des pays fortement dépendants de la pêche pour leur sécurité alimentaire et leur économie – les conséquences sont déjà bien réelles.

Les signaux climatiques s’intensifient. Un blanchissement massif des coraux a été observé en mer de Chine méridionale en 2024, et l’acidification des océans modifie en profondeur les écosystèmes récifaux. La pêche illégale, non déclarée et non réglementée persiste, exposant les petits pêcheurs à des risques accrus dans une zone où s’affrontent milices maritimes, garde-côtes et flottes commerciales.

Les responsables politiques mettent en garde : sans une action coordonnée, la mer de Chine méridionale risque de devenir non seulement un point de friction géopolitique, mais aussi un désastre écologique aux conséquences politiques déstabilisatrices. La disparition des récifs coralliens menace la sécurité alimentaire d’un milliard de personnes qui dépendent de ces écosystèmes pour leur subsistance.

La Malaisie, traditionnellement discrète sur cette question, a pris une part active au débat en accueillant la huitième conférence annuelle sur la mer de Chine méridionale en novembre. Cette initiative souligne, selon certains analystes, la pression croissante exercée par les enjeux environnementaux et les risques d’escalade, qui incitent même les acteurs les plus neutres à se mobiliser.

Lors de cette conférence, un équilibre a été trouvé entre l’application du droit maritime, la protection de l’environnement et la sécurité opérationnelle en mer – une approche novatrice par rapport aux années précédentes, dominées par les revendications territoriales.

« Le déclin environnemental n’est plus théorique. Nous manquons de temps. »

Benjamin Blandin, chercheur non-résident du Conseil de Yokosuka pour les études sur l’Asie-Pacifique

Le chercheur, qui a participé au forum de Malaisie, souligne la dégradation alarmante de la situation dans les îles Spratly, où plus de 22 000 hectares de récifs coralliens ont été détruits ou gravement endommagés.

La Chine, quant à elle, semble évoluer. Elle accueillera du 10 au 12 décembre un symposium international sur la gouvernance mondiale des océans à Hainan, organisé par le Centre Huayang pour la coopération maritime et la gouvernance des océans. Bien que non directement lié aux conflits territoriaux, cet événement devrait être dominé par la question de la mer de Chine méridionale.

Pour Pékin, même l’ouverture à des discussions multilatérales marque un changement significatif par rapport à sa préférence pour les négociations bilatérales. Les analystes estiment que ce forum pourrait permettre de tester si les cadres environnementaux peuvent servir de points d’entrée à moindre risque pour un engagement plus large.

La Chine a également proposé la création d’une réserve naturelle marine à Scarborough Shoal, un récif contesté revendiqué par Pékin et Manille. Cette initiative, selon le juriste Vu Hai Dang, pourrait ouvrir un espace de coopération scientifique, sans remettre en question les revendications de souveraineté des deux parties. La recherche scientifique ne peut, en effet, être utilisée pour justifier des prétentions territoriales, conformément à l’article 246 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.

Plusieurs facteurs expliquent ce changement d’approche. Les risques d’escalade croissante, la pression économique liée aux réglementations européennes sur la pêche illégale et les impacts du changement climatique sont autant d’éléments qui incitent les pays riverains à coopérer. La sécurité en mer de Chine méridionale est désormais envisagée sous un angle plus large, qui prend en compte les enjeux environnementaux et économiques.

Reste à savoir si cette ouverture diplomatique se traduira par des actions concrètes. La modernisation navale se poursuit dans la région, et la méfiance entre les États riverains demeure. Certains observateurs estiment que les récentes conférences sont davantage un signal qu’un véritable changement de politique. Il est essentiel, selon eux, de passer des discours aux actions, en mettant en place des mécanismes de coopération efficaces.

L’idée d’un réseau régional d’aires marines protégées en mer de Chine méridionale n’est pas nouvelle. Dès 1992, le biologiste marin John McManus proposait la création d’un « parc marin de la paix » dans les îles Spratly, soulignant l’importance de protéger les récifs coralliens, véritables « banques d’épargne » biologiques pour la région.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.