Publié le 16 octobre 2025 à 00h34. Des chercheurs canadiens et chinois ont franchi une étape décisive dans la transplantation rénale en créant un rein « universel » capable d’être accepté par tout type de receveur, une avancée qui pourrait réduire considérablement les temps d’attente et sauver des vies.
- Une équipe scientifique a réussi à modifier un rein de type A pour qu’il soit compatible avec tous les groupes sanguins, simulant un rein de type O.
- L’organe modifié a fonctionné avec succès pendant plusieurs jours dans le corps d’un donneur en état de mort cérébrale.
- Cette percée pourrait résoudre le problème crucial de la pénurie de reins compatibles, en particulier pour les personnes du groupe sanguin O.
Après une décennie de recherche, l’espoir renaît pour les patients souffrant d’insuffisance rénale. L’équipe, issue d’institutions canadiennes et chinoises, a mis au point une technique permettant de transformer un rein de donneur en un organe compatible avec tous les groupes sanguins. Cette prouesse, qui pourrait révolutionner le domaine des greffes, repose sur l’élimination des antigènes spécifiques présents sur les globules rouges, responsables des réactions de rejet.
Actuellement, les patients du groupe sanguin O, qui représentent plus de la moitié des personnes inscrites sur les listes d’attente, sont particulièrement désavantagés. En effet, les reins de type O, compatibles avec tous les groupes sanguins, sont rares et très demandés. La nouvelle méthode permettrait de pallier cette pénurie en rendant compatibles des reins provenant de donneurs d’autres groupes sanguins.
L’expérience a consisté à utiliser des enzymes – décrites par les chercheurs comme des « ciseaux moléculaires » – pour éliminer les molécules de sucre (antigènes) qui caractérisent le groupe sanguin A. Ces enzymes, identifiées précédemment, agissent en coupant une partie des chaînes d’antigènes, transformant ainsi le rein en un organe de type O.
« C’est comme enlever la peinture rouge d’une voiture et découvrir l’apprêt neutre », explique le biochimiste Stephen Withers, de l’Université de la Colombie-Britannique au Canada. « Une fois cela fait, le système immunitaire ne considère plus l’organe comme étranger. »
Stephen Withers, biochimiste à l’Université de la Colombie-Britannique
L’organe modifié a été transplanté dans le corps d’un donneur en état de mort cérébrale, avec l’accord de sa famille. Il a fonctionné pendant plusieurs jours, et bien que des signes de rejet aient été observés à partir du troisième jour, la réponse immunitaire a été moins forte que prévu, suggérant que le corps tentait de tolérer l’organe. Selon l’Université de la Colombie-Britannique, cette première observation sur un modèle humain est un pas important vers l’amélioration des résultats à long terme.
Bien que prometteuse, cette avancée nécessite encore de nombreuses recherches avant de pouvoir être appliquée aux patients vivants. Les scientifiques explorent également d’autres pistes pour améliorer les taux de réussite des transplantations, notamment l’utilisation de reins de porc et le développement de nouveaux anticorps.
La situation actuelle est alarmante : aux États-Unis, 11 personnes meurent chaque jour en attendant une greffe de rein, et la majorité d’entre elles attendent un rein de type O. Cette nouvelle approche pourrait donc avoir un impact significatif sur la vie de milliers de patients.
« Voici à quoi ressemble la traduction de plusieurs années de recherche fondamentale en soins aux patients », conclut Garrot. « Voir nos découvertes se rapprocher de leur application dans le monde réel est ce qui nous motive à continuer. »
Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue Nature Biomedical Engineering.

