Publié le 16 mai 2024 18h30. La Pologne accuse deux Ukrainiens agissant pour le compte de Moscou d’être responsables de sabotages sur des voies ferrées, des actes qualifiés de menace majeure pour la sécurité nationale, alors que le pays joue un rôle crucial dans l’acheminement de l’aide à l’Ukraine.
- Deux individus, soupçonnés de collaborer avec les services russes, sont recherchés pour des actes de sabotage ferroviaire en Pologne.
- Ces incidents ont ciblé des infrastructures essentielles à l’approvisionnement de l’Ukraine, sans faire de victimes.
- Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, dénonce une tentative délibérée de déstabilisation et de semer la discorde.
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a annoncé ce jeudi devant le Parlement l’identification de deux suspects dans les affaires de sabotage de lignes ferroviaires survenues entre samedi et mercredi. Selon lui, ces deux hommes, de nationalité ukrainienne, « opèrent et coopèrent avec les services russes depuis longtemps », sur la base d’informations fournies par les procureurs et les services de renseignement.
Les autorités polonaises ont précisé connaître l’identité des suspects, mais ont choisi de ne pas les divulguer publiquement pour ne pas compromettre l’enquête en cours. L’un des individus avait déjà été condamné en mai par un tribunal de Lviv pour des « actes de sabotage ». L’autre est un résident du Donbass, une région de l’Ukraine occupée par la Russie.
Les deux hommes seraient entrés en Pologne depuis la Biélorussie à l’automne dernier et ont apparemment quitté le territoire polonais pour la Biélorussie peu après les incidents. Au total, 55 personnes ont été interpellées et 23 ont été placées en garde à vue en Pologne dans le cadre de cette enquête.
Les actes de sabotage ont pris deux formes distinctes. Le premier consistait en la fixation d’une pince en acier sur une voie ferrée, potentiellement dans le but de faire dérailler un train. Le second impliquait la détonation d’un engin explosif de qualité militaire lors du passage d’un train de marchandises. Fort heureusement, aucun blessé n’est à déplorer.
Donald Tusk a qualifié ces perturbations de « peut-être la situation de sécurité nationale la plus grave en Pologne depuis le déclenchement de la guerre à grande échelle en Ukraine ». Il a également souligné que l’objectif de ces attaques pourrait être de « tester les réponses » des autorités polonaises, mais aussi d’attiser les tensions sociales et politiques, notamment en alimentant des sentiments anti-ukrainiens, ce qu’il juge « particulièrement dangereux dans un pays comme la Pologne ».
Plusieurs dirigeants européens ont exprimé leur solidarité avec la Pologne suite à ces incidents. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, et Andriy Sybiga, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, ont tous réagi lundi.
Le Kremlin a réagi en accusant la Pologne de « russophobie », sans pour autant nier l’implication de Moscou. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré à la télévision nationale : « Il serait étrange que la Russie ne soit pas immédiatement blâmée. La russophobie y est bien sûr florissante. »
La Pologne, membre de l’OTAN et de l’Union européenne, est devenue une plateforme logistique essentielle pour l’acheminement de l’aide militaire et humanitaire à l’Ukraine. Ces dernières années, Varsovie a déjà pris des mesures pour restreindre les activités diplomatiques russes sur son sol, notamment en ordonnant la fermeture de deux consulats et en arrêtant plusieurs personnes soupçonnées d’agir pour le compte de Moscou.
Donald Tusk a laissé entendre que les noms des suspects pourraient être rendus publics ultérieurement, une fois que l’enquête aura progressé.