Publié le 28 octobre 2025 17:31:00. Une simple larme pourrait bientôt devenir un outil de diagnostic précoce pour des maladies oculaires et neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson, grâce à la recherche d’un institut allemand qui explore le potentiel des biomarqueurs qu’elles contiennent.
- Les larmes contiennent des vésicules extracellulaires (EV) riches en informations moléculaires.
- L’analyse de ces EV pourrait permettre de détecter des maladies oculaires et cérébrales de manière non invasive.
- La standardisation des méthodes de collecte et d’analyse des échantillons est essentielle pour garantir la fiabilité des résultats.
Des chercheurs de l’Institut de recherche allemand Trias i Pujol (IGTP) ouvrent une nouvelle voie dans le diagnostic médical en considérant les larmes comme une source prometteuse de biomarqueurs. Ces substances de signalisation biologique, présentes dans les fluides corporels, offrent un aperçu précieux de l’état de santé et de l’évolution des maladies.
Jusqu’à présent, le diagnostic des affections oculaires reposait souvent sur l’analyse de l’humeur aqueuse ou vitrée, des liquides situés à l’intérieur de l’œil. Cependant, ces méthodes nécessitent des interventions invasives, limitant leur application à grande échelle en pratique clinique. « Cela rend difficile une utilisation à grande échelle dans la pratique clinique », explique Marta San Roque, doctorante au sein du groupe de recherche Innovation in Vesicles and Cells for Application in Therapy (IVECAT). Les résultats de cette recherche sont publiés dans la revue Extracellular Vesicles and Circulating Nucleic Acids.
Les larmes offrent une alternative accessible et non invasive. Elles contiennent des vésicules extracellulaires (EV), de minuscules particules sécrétées par les cellules qui encapsulent et transportent des informations moléculaires cruciales, telles que des protéines, des lipides et des acides nucléiques. Ces informations sont protégées au sein des EV, ce qui facilite leur analyse.
En collaboration avec le service d’ophtalmologie de l’hôpital universitaire Trias i Pujol, l’équipe IVECAT a passé en revue plus d’une centaine d’études internationales portant sur les EV présentes dans les larmes. Leurs conclusions, publiées dans Extracellular Vesicles and Circulating Nucleic Acids, suggèrent que les larmes ne reflètent pas seulement l’état de la surface oculaire, mais pourraient également fournir des informations sur les structures oculaires plus profondes et même sur le cerveau. La capacité des EV à traverser la barrière hémato-encéphalique en fait un outil particulièrement intéressant pour la recherche sur les maladies neurodégénératives.
Cependant, le domaine de la recherche sur les biomarqueurs lacrymaux est encore à ses débuts. Un manque de standardisation dans les protocoles de collecte, de stockage et d’analyse des échantillons constitue un obstacle majeur. Les chercheurs insistent donc sur la nécessité d’adopter des directives internationales, telles que celles proposées par la Société internationale pour les vésicules extracellulaires (ISEV), afin d’améliorer la comparabilité des résultats.
« Le potentiel est énorme », déclare San Roque. « À l’avenir, les larmes pourraient jouer un rôle déterminant dans le diagnostic précoce et le suivi des troubles oculaires et cérébraux. Cette recherche représente une première étape importante vers un diagnostic personnalisé et moins contraignant. »
Marta San Roque, doctorante, IVECAT
Cette avancée s’inscrit dans une tendance plus large à l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) pour améliorer le diagnostic des maladies oculaires et neurologiques. Récemment, des chercheurs ont développé un biomarqueur basé sur l’IA capable de prédire le risque de déclin cognitif et de démence à partir d’une simple photographie de la rétine. La technologie RetiPhenoAge, basée sur l’apprentissage profond, calcule l’âge biologique de la rétine, un indicateur fiable des processus de vieillissement cérébral. Des études menées auprès de plus de 500 patients à Singapour et de 33 000 participants à la UK Biobank ont confirmé la capacité de cette méthode à identifier les personnes à risque.
Par ailleurs, dès 2022, un algorithme d’IA a permis d’améliorer significativement le diagnostic du glaucome, permettant ainsi aux médecins non spécialistes de poser un diagnostic aussi précis que les ophtalmologistes.
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