Home AffairesDiplomatie : quand Evian et Aix-les-Bains tentent de faire bouger les lignes à l’international…

Diplomatie : quand Evian et Aix-les-Bains tentent de faire bouger les lignes à l’international…

by Amélie Bernard

Publié le 22 octobre 2024. Aix-les-Bains et Évian-les-Bains, villes thermales savoyardes, ont une longue histoire d’accueil de rencontres diplomatiques de haut niveau. Un récent colloque a exploré comment ces événements ont façonné leur identité et leur attractivité touristique.

  • Aix-les-Bains et Évian ont accueilli de nombreux sommets diplomatiques depuis la fin du XIXe siècle.
  • Évian-les-Bains s’est particulièrement distinguée par l’organisation de conférences majeures, notamment les négociations franco-algériennes de 1961-1962 et le G8 de 2003.
  • Si ces événements ont un impact sur le tourisme, leur retombée directe est souvent limitée au prestige et à la construction d’infrastructures d’accueil.

Un colloque organisé les 16 et 17 octobre par la société d’art et d’histoire d’Aix-les-Bains a replongé dans l’histoire du tourisme diplomatique dans ces deux villes. L’historienne Anne-Sophie Nardelli-Malgrand, maître de conférence en histoire contemporaine à l’université Savoie Mont Blanc, a présenté une analyse approfondie des liens entre ces villes d’eaux et la scène internationale.

Les deux stations partagent une identité thermale forte et une tradition d’accueil de personnalités influentes. Cependant, leur approche a évolué au fil du temps. À Aix-les-Bains, les rencontres diplomatiques ont souvent pris la forme d’entretiens bilatéraux discrets, comme celui entre les dirigeants français et russes en 1892 ou la rencontre entre Aristide Briand et Giovanni Giolitti en 1920, alors que les pourparlers de paix post Première Guerre mondiale étaient en cours. La ville a également accueilli le congrès de la fédération mondiale des villes jumelées en 1957.

« Sur Aix on recense plutôt des rencontres bilatérales entre deux dirigeants : des rencontres officieuses entre Français et Russes en 1892, la rencontre entre le Français Millerand et l’Italien Giolitti en 1920, pour parler des traités de paix de la Première Guerre mondiale, mais aussi des sommets internationaux mais pas à un niveau de dirigeants très élevés. On peut citer le congrès de la fédération mondiale des villes jumelées en 1957. »

Anne-Sophie Nardelli-Malgrand, maître de conférence en histoire contemporaine à l’université Savoie Mont Blanc

Évian-les-Bains, en revanche, s’est imposée comme un lieu privilégié pour les conférences internationales d’envergure. La conférence d’Évian de 1938, consacrée aux réfugiés juifs allemands et autrichiens, les négociations cruciales entre la France et le Front de Libération Nationale (FLN) en 1961-1962 pendant la guerre d’Algérie, la rencontre entre François Mitterrand et Helmut Kohl en 1988, les discussions des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne sur la Serbie et le Kosovo en 2000, et enfin le sommet du G8 en 2003, en témoignent. La ville se prépare d’ailleurs à accueillir le G7 en juin 2026.

Jusqu’aux années 1960, les deux villes étaient en concurrence directe pour attirer une clientèle d’élite et organiser des événements exclusifs.

« Les stratégies ont divergé. Aix-les-Bains tient toujours à donner à son tourisme une dimension internationale. Mais ce tourisme reste basé sur les thermes et le bien-être, là où Évian-les-Bains s’affirme, depuis la fin des années 1980, comme un lieu de rencontres diplomatiques. »

Anne-Sophie Nardelli-Malgrand, maître de conférence en histoire contemporaine à l’université Savoie Mont Blanc

Cette dimension internationale, selon l’historienne, est un atout majeur pour le tourisme. “Dans nos sensibilités contemporaines, l’international est important. C’est le gage d’une ouverture sur le monde. Les villes qui arrivent à montrer qu’elles sont facteurs d’échanges internationaux peuvent tirer leur épingle du jeu de l’économie touristique“, a-t-elle souligné.

Cependant, l’impact touristique direct de ces sommets diplomatiques est souvent différé. Pendant les conférences, l’attention se concentre sur les personnalités présentes, et l’environnement local passe au second plan. L’iconographie de ces événements met en avant les chefs d’État et de gouvernement, plutôt que le cadre qui les accueille.

« Dans l’iconographie qui subsiste de ces rencontres diplomatiques, on voit les hommes d’État, mais dans des cadres photographiques toujours très resserrés. Il ne s’agit alors pas de représenter l’environnement dans lequel ils s’expriment. La diplomatie se situe dans des lieux abstraits car elle s’incarne avant tout dans les dirigeants qui représentent leurs États respectifs. C’est cela que l’iconographie cherche avant tout à mettre en avant. »

Anne-Sophie Nardelli-Malgrand, maître de conférence en histoire contemporaine à l’université Savoie Mont Blanc

Néanmoins, l’organisation de ces événements stimule la construction d’infrastructures hôtelières de haute qualité, capables de répondre aux exigences techniques et sécuritaires des sommets internationaux.

You may also like

Leave a Comment