Publié le 18 octobre 2025 – 14h57 GMT+2. Vingt pays de l’Union européenne exercent une pression coordonnée sur la Commission européenne pour faciliter le retour des ressortissants afghans, volontaire ou forcé, face à une situation perçue comme une menace pour la sécurité et la confiance dans les politiques d’asile.
- Vingt États membres de l’UE demandent à la Commission européenne de prioriser les négociations avec le régime taliban pour mettre en place une politique de retours.
- L’initiative, menée par la Belgique, s’appuie sur le constat que l’impossibilité actuelle d’expulser les Afghans, même ceux condamnés pour des crimes, compromet la sécurité et la crédibilité des politiques migratoires européennes.
- L’Allemagne, malgré les critiques de l’ONU, se prépare à conclure un accord avec les talibans pour organiser des vols de retour, un exemple que d’autres pays espèrent suivre.
Vingt pays de l’Union européenne ont conjointement adressé une lettre au commissaire aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, pour exiger une action rapide de la Commission européenne concernant le retour des ressortissants afghans vivant illégalement sur le territoire européen. Cette demande, révélée samedi par la ministre belge de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, souligne une inquiétude croissante face à une situation jugée intenable.
Selon ces États, l’absence d’accord formel de retour avec l’Afghanistan, depuis la prise de pouvoir des talibans en 2021, constitue un obstacle majeur et une source de préoccupation. Ils estiment que cette situation « sape la confiance du public dans la politique d’asile » et représente une menace pour la sécurité intérieure de l’UE. La Belgique a pris l’initiative de cette démarche, soutenue par l’Autriche, la Bulgarie, Chypre, la République tchèque, l’Estonie, la Finlande, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, l’Irlande, l’Italie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Norvège, la Pologne, la Slovaquie et la Suède.
La lettre propose plusieurs pistes pour accélérer les retours. Anneleen Van Bossuyt suggère notamment de renforcer le rôle de l’agence européenne des frontières, Frontex, dans l’organisation et le soutien aux retours volontaires, en s’appuyant sur le programme de réintégration de l’UE. Pour les retours forcés, elle préconise de prioriser les individus considérés comme dangereux ou ayant commis des crimes, via une mission conjointe en Afghanistan impliquant la Commission européenne, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et les États membres volontaires.
L’Allemagne, sous la direction du gouvernement conservateur de Friedrich Merz, semble prête à ouvrir la voie. En juillet dernier, Berlin a déjà organisé un vol pour expulser 81 ressortissants afghans et espère inciter d’autres pays européens à emboîter le pas. Cependant, cette initiative a suscité des critiques de la part des Nations Unies. Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), a rappelé que l’Afghanistan est toujours soumis à un « avis de non-retour ».
Arafat Jamal, un autre représentant du HCDH, a souligné que « nous avons documenté la poursuite des violations des droits de l’homme en Afghanistan ». Malgré ces préoccupations, l’Allemagne semble déterminée à conclure un accord avec les talibans, les Afghans constituant le deuxième groupe le plus important de demandeurs d’asile sur son territoire.
À ce jour, la Russie est le seul pays à reconnaître officiellement le régime taliban comme le gouvernement légitime de l’Afghanistan.
