L’Afghanistan a annoncé la construction d’un barrage sur le fleuve Kunar, une décision qui suscite de vives inquiétudes au Pakistan. Ce projet, perçu comme une riposte aux récentes tensions entre les deux pays, pourrait considérablement réduire l’approvisionnement en eau du Pakistan, qui se retrouve dans l’incapacité d’empêcher sa réalisation.
La décision de Kaboul intervient après les frappes aériennes pakistanaises sur la capitale afghane et les affrontements le long de la ligne Durand. Le ministre afghan de l’Eau, Mullah Abdul Latif Mansoor, a affirmé sur X (anciennement Twitter) : « Les Afghans ont le droit de gérer leurs propres ressources en eau. » Cette déclaration souligne la volonté de l’Afghanistan de conserver l’eau destinée au Pakistan.
Le fleuve Kunar, long de 480 kilomètres, prend sa source au glacier de Chiantar dans la région de Chitral, au Pakistan. Il traverse ensuite les provinces afghanes de Kunar et de Nangarhar avant de retourner au Pakistan via la province de Khyber Pakhtunkhwa. Finalement, il se jette dans le fleuve Indus, véritable artère vitale du Pakistan, irriguant les provinces du Pendjab et du Sindh.
La construction de ce barrage est motivée par le besoin de l’Afghanistan de développer sa capacité hydroélectrique, avec un potentiel de 1 000 mégawatts. Cependant, sa réalisation entraînerait une diminution de 25 à 30 % du débit du Kunar vers le Pakistan.
Les conséquences pour le Pakistan pourraient être désastreuses. La province de Khyber Pakhtunkhwa, notamment les villes de Peshawar, Charsadda et Nowshera, serait particulièrement touchée. Le Pendjab, principal bassin agricole du pays, verrait également son approvisionnement en eau réduit, compromettant l’irrigation de 120 000 hectares de terres cultivables. La diminution du débit du Kunar pourrait affecter l’accès à l’eau potable pour 12 à 13 millions de personnes. De plus, la production d’électricité des centrales hydroélectriques pakistanaises diminuerait de 600 mégawatts, soit suffisamment pour alimenter 1,4 million de foyers chaque année.
Le Pakistan se trouve dans une situation géographique délicate. Bien que le Kunar prenne sa source sur son territoire, il s’écoule ensuite vers l’Afghanistan avant de revenir. Le Pakistan ne peut donc pas empêcher l’eau de quitter son territoire, mais l’Afghanistan peut l’empêcher de revenir. Aucun traité international ne lie actuellement l’Afghanistan en matière de gestion de l’eau du Kunar.
Cette décision afghane intervient après la suspension par l’Inde du Traité de l’Indus, un accord bilatéral sur le partage des eaux du fleuve Indus. Certains observateurs y voient une stratégie commune visant à exercer une pression sur le Pakistan. Le chef suprême des talibans, Maulvi Hibatullah Akhundzada, a d’ailleurs donné trois directives à son ministère de l’Eau : construire le barrage de Kunar immédiatement, privilégier les entreprises afghanes et ne pas attendre l’approbation de sociétés étrangères. Le message est clair : stopper l’approvisionnement en eau du Pakistan, et ce, rapidement.
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