L’administration américaine a franchi une nouvelle étape en matière de lutte contre le trafic de drogue, autorisant des frappes militaires contre des navires au large des côtes vénézuéliennes, faisant au moins 21 morts. Cette escalade, justifiée par la lutte contre les cartels, soulève de vives inquiétudes quant au respect du droit international et à l’étendue des pouvoirs présidentiels.
Le 6 octobre, pour la quatrième fois en un mois, les forces américaines ont ciblé un bateau suspecté de trafic de drogue au large du Venezuela. Selon l’administration, ces opérations ont permis de neutraliser quatre « narco-terroristes » et n’ont pas fait de victimes parmi les forces américaines. Le président Donald Trump a lui-même vanté ces succès sur son réseau social, affirmant qu’un navire transportant une quantité de drogue suffisante pour tuer entre 25 000 et 50 000 personnes avait été intercepté.
Cependant, aucune preuve concrète des activités de trafic de drogue n’a été présentée publiquement. Face aux questions sur la légalité de ces frappes, l’administration s’est montrée évasive. Le vice-président JD Vance a même plaisanté sur la disparition potentielle des pêcheurs de la région, ajoutant : « Je ne donne pas comme… », sur X (anciennement Twitter).
Le Congrès américain a finalement reçu, le 2 octobre, une notification officielle de l’administration Trump, qualifiant ces actions de « conflit armé » actif contre les cartels de la drogue, comme l’exige la loi. Cette décision, rapportée par le New York Times, confère au président des pouvoirs extraordinaires en temps de guerre.
Le président Trump a justifié cette approche en déclarant qu’il s’agissait d’un « conflit non international » avec des « organisations terroristes désignées » qui contribuent à la mort de citoyens américains par le biais du trafic de drogue. Il a également affirmé que l’utilisation de drogues comme armes justifiait l’emploi de la force en légitime défense.
Cette interprétation a suscité de vives critiques. Geoffrey S. Corn, ancien conseiller juridique de l’armée américaine, a souligné que la vente de produits dangereux ne saurait être assimilée à une attaque armée. Il a dénoncé une « maltraitance » qui franchit une ligne juridique majeure, affirmant que l’administration « déchire » les limites légales en ciblant délibérément des civils non impliqués dans les hostilités.
L’absence de dissidence au sein de l’armée, soulignée dans l’article, interroge sur la capacité des militaires à s’opposer à des ordres illégaux. L’opération semble être le fruit de l’influence de Stephen Miller, ancien conseiller à la sécurité intérieure, qui avait déjà exprimé son souhait de pouvoir ordonner l’élimination de migrants à bord de bateaux.
Par ailleurs, le sénateur Marco Rubio et le directeur de la CIA John Ratcliffe exercent une pression pour une action militaire directe contre le Venezuela, accusant le président Nicolás Maduro de diriger les trafiquants de drogue, malgré les conclusions des agences de renseignement américaines qui infirment cette allégation. Cette stratégie, qui rappelle les erreurs commises lors de l’invasion de l’Irak, repose sur des théories juridiques fallacieuses et des manipulations de preuves.
Au-delà de la lutte contre le trafic de drogue, plusieurs motivations semblent être à l’œuvre : la vendetta personnelle de Rubio contre Maduro, la volonté de Miller de punir les étrangers et le désir de Trump de démontrer sa puissance militaire. Comme l’a souligné le New York Times, le Venezuela, avec ses ressources naturelles, représente un enjeu économique important.
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