L’Union européenne renforce considérablement ses capacités de défense en lançant un plan d’investissement de 17,65 milliards d’euros (20,4 milliards de dollars) pour accélérer le déploiement de troupes et de matériel militaire à travers le continent. Cette initiative intervient alors que les inquiétudes grandissent face à une possible agression russe.
La nouvelle stratégie, dévoilée mercredi, vise à lever les obstacles logistiques qui entravent la mobilité militaire au sein de l’UE. Elle prévoit des investissements ciblés dans 500 points névralgiques – ponts, ports, tunnels – de la Pologne au Portugal, actuellement incapables de supporter le passage de convois militaires lourds. Les forces armées bénéficieraient d’un accès prioritaire aux infrastructures critiques, telles que les aéroports, les routes et les voies ferrées, même en situation d’urgence, et certaines réglementations, notamment celles concernant le transport de marchandises dangereuses, seraient temporairement suspendues au profit des opérations militaires ou des entreprises de défense privées.
« La faiblesse les invite à agir », a déclaré Kaja Kallas, chef de la politique étrangère européenne, en référence à la Russie. Selon elle, une augmentation significative des capacités défensives de l’UE dissuaderait Moscou de toute attaque. « Si nous augmentons notre état de préparation, la Russie ne nous attaquera pas parce que nous ne serons plus perçus comme faibles », a-t-elle affirmé.
Parallèlement à cette amélioration de la mobilité, la Commission européenne a présenté une feuille de route pour stimuler la production d’armement européenne. L’objectif est de simplifier les réglementations, d’unifier les normes et de concentrer les investissements sur la fabrication d’armes, de véhicules, de satellites et de munitions au sein de l’UE. Les pays membres sont encouragés à privilégier les fournisseurs européens, avec un soutien potentiel de l’UE pour réduire les coûts et accélérer les commandes.
Cette intensification des efforts de défense fait suite à une série d’incidents, notamment des incursions de drones attribuées à la Russie, qui ont suscité des préoccupations croissantes au sein des services de renseignement européens. Andrius Kubilius, commissaire européen à la Défense, a estimé qu’une attaque ou des provocations de la part de la Russie contre l’UE étaient possibles dans les trois à quatre prochaines années.
L’UE ambitionne de créer un véritable « Schengen militaire », facilitant la circulation des forces et du matériel à travers les frontières, à l’image de la zone de libre circulation pour les personnes. Kubilius a souligné la nécessité de renforcer les connexions infrastructurelles entre les pays de première ligne, comme l’Estonie, la Lettonie et la Finlande, et les nations d’Europe occidentale, telles que la France et l’Allemagne.
« C’est ainsi que nous transformons la force industrielle en préparation opérationnelle – et veillons à ce que l’Europe puisse agir comme une seule personne, avec la rapidité et la coordination nécessaires à notre sécurité », a précisé Kubilius.
Un groupe de travail dédié, composé de représentants de chaque pays membre, sera mis en place pour coordonner et rationaliser les déploiements militaires en temps de paix, de crise et de conflit. Les dépenses de défense de l’UE devraient atteindre environ 392 milliards d’euros (457 milliards de dollars) cette année, presque le double du niveau d’il y a quatre ans. La Commission prévoit que plus de 3 400 milliards d’euros (4 000 milliards de dollars) seront consacrés à la défense au cours de la prochaine décennie, et propose d’augmenter le budget à long terme de l’UE pour la défense et l’espace à 131 milliards d’euros (153 milliards de dollars).
Ce renforcement de la défense européenne intervient également dans un contexte de remise en question de la fiabilité de l’engagement américain, l’administration Trump ayant signalé qu’elle privilégierait la sécurité nationale américaine et l’Asie, laissant entendre que les Européens devraient désormais assumer davantage de responsabilités en matière de défense.
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