L’investisseur américain Michael Burry, rendu célèbre pour avoir prédit la crise financière de 2008, prend désormais le contre-pied de l’euphorie ambiante autour de l’intelligence artificielle. Il parie sur un déclin du secteur, estimant que les géants du numérique pourraient avoir gonflé artificiellement leurs bénéfices en prolongeant indûment la durée de vie comptable de leurs puces graphiques (GPU).
Burry s’inquiète d’une pratique comptable de plus en plus courante chez les « hyperscalers » – Google, Microsoft, Meta et Amazon – qui consiste à amortir leurs investissements dans les GPU sur une période plus longue qu’auparavant. Alors que les serveurs traditionnels étaient amortis en trois ans, ces entreprises envisagent désormais des durées de cinq à six ans, voire plus dans le cas de Meta (jusqu’à 11 ou 12 ans). Selon Burry, cette approche est risquée, car elle masque la véritable rapidité avec laquelle ces composants deviennent obsolètes.
Le cœur du problème réside dans le rythme effréné de l’innovation. Nvidia, le principal fabricant de GPU, lance de nouvelles générations de puces plus performantes et économes en énergie à un rythme annuel. Cette cadence rapide rend les modèles plus anciens moins attractifs pour les tâches les plus exigeantes, comme l’entraînement de l’IA, bien plus vite que ne le suggèrent les calendriers d’amortissement actuels. De plus, l’utilisation intensive de ces puces dans les centres de données accélère leur dégradation physique.
Les hyperscalers justifient cette prolongation de la durée d’amortissement en arguant qu’ils réutilisent les GPU obsolètes pour des tâches moins gourmandes en ressources, comme l’inférence (l’exécution des modèles d’IA) ou d’autres applications. Ils mettent également en avant les améliorations logicielles et l’optimisation des centres de données qui prolongent la durée de vie du matériel. Cependant, Burry craint que cette justification ne soit qu’un moyen de masquer la forte intensité capitalistique de l’infrastructure d’IA et de surestimer la rentabilité des entreprises.
Cette pratique comptable pourrait, selon lui, créer une bulle spéculative autour de l’IA, susceptible d’éclater si les calendriers d’amortissement ne reflètent pas la réalité des cycles de remplacement du matériel. En d’autres termes, si les entreprises surestiment leurs bénéfices actuels, elles pourraient être prises au dépourvu lorsque le moment viendra de renouveler massivement leur infrastructure.
À ce stade, les revenus et les bénéfices des hyperscalers continuent de croître rapidement, et de nombreux centres de données fonctionnent encore avec leurs puces d’origine, installées avant l’essor de l’IA en 2022. Néanmoins, l’avertissement de Michael Burry soulève des questions importantes sur la pérennité du modèle économique actuel et la transparence des pratiques comptables dans le secteur de l’intelligence artificielle.
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