Le Conseil fédéral prévoit d’accueillir une vingtaine d’enfants palestiniens blessés, originaires de la bande de Gaza, dans les hôpitaux suisses dans les prochaines semaines. Cette initiative humanitaire pourrait concerner jusqu’à une centaine de personnes, incluant les accompagnants, et suscite un débat sur les mesures de sécurité.
Depuis plusieurs semaines, Berne s’efforce d’organiser le transfert de ces enfants nécessitant des soins médicaux urgents vers la Suisse. La mise en œuvre de ces transferts reste toutefois tributaire de la situation sécuritaire instable dans la région de Gaza, rendant l’acheminement complexe.
Le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) précise qu’une vingtaine d’enfants blessés et les personnes qui les accompagnent devraient être concernés par cette opération. Plusieurs cantons ont déjà manifesté leur accord pour participer à l’accueil. Le Conseil d’État de Genève a confirmé sa volonté d’accueillir des enfants, les hôpitaux universitaires cantonaux se tenant prêts à leur prodiguer les soins nécessaires. Le canton de Bâle-Ville a également reçu une demande du gouvernement fédéral et prévoit d’accueillir jusqu’à quatre enfants à l’hôpital pour enfants universitaire de Bâle, l’organisation de l’accueil des accompagnants étant en cours.
Jusqu’à quatre accompagnants pourraient voyager avec chaque enfant, ce qui pourrait porter le nombre total de personnes arrivant de la bande de Gaza à près d’une centaine. Le gouvernement fédéral prendra en charge les frais de transport, tandis que les hôpitaux et les cantons d’accueil assumeront les coûts des traitements médicaux.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 4 000 enfants dans la bande de Gaza ont besoin de soins médicaux urgents. L’OMS a recensé 19 000 patients éligibles à un transfert, dont ces 4 000 enfants souffrant de blessures ou de maladies nécessitant une prise en charge spécialisée. L’opération suisse s’inscrit dans un cadre de coopération européenne, coordonnée avec des pays comme l’Espagne et l’Italie, qui ont déjà mis en œuvre des transferts médicaux via le mécanisme de protection civile de l’Union européenne. Depuis août 2023, l’UE a organisé 24 transferts médicaux, permettant d’évacuer 306 blessés et 722 accompagnants.
L’opération suscite des interrogations, notamment concernant la sécurité. Le conseiller national Andreas Glarner (SVP) a exprimé ses préoccupations, citant le risque que des membres du Hamas se trouvent parmi les accompagnants : « Il est presque certain qu’il y a aussi des terroristes du Hamas parmi les personnes qui l’accompagnent ou du moins celles qui sont proches d’eux. » Il estime que l’aide aurait dû être fournie sur place.
Le gouvernement fédéral assure que des contrôles de sécurité rigoureux seront effectués avant l’entrée en Suisse, en collaboration avec les autorités israéliennes. Ces contrôles impliqueront la consultation de bases de données nationales et internationales, notamment celles d’Interpol et du système d’information Schengen (Eurodac). Une procédure d’asile standard sera également appliquée à l’arrivée, incluant des vérifications approfondies.
Cette initiative intervient après des appels à une approche plus flexible en matière de visas humanitaires. En mars 2024, la conseillère nationale Delphine Klopfenstein Broggini (Verts) avait interpellé le Conseil fédéral à ce sujet, demande relayée en juin par la conseillère nationale Flach (Vert’libéraux). Le Conseil fédéral avait toutefois maintenu sa position, estimant que le cadre légal actuel permettait de prendre en compte des situations exceptionnelles, comme l’accueil de quatre jeunes victimes de guerre en janvier 2024. Il a également souligné que l’attribution des visas humanitaires reste de la compétence des autorités israéliennes.
En juillet dernier, l’ancien ministre des Affaires étrangères Joseph Deiss et l’ancienne présidente de la Confédération Ruth Dreifuss avaient également exhorté le Conseil fédéral à agir, dénonçant l’utilisation de la faim et du manque de soins médicaux comme armes contre les civils à Gaza.
Par ailleurs, plusieurs villes allemandes, dont Hanovre, Düsseldorf et Leipzig, ont également proposé d’accueillir des enfants de la bande de Gaza, une initiative critiquée par le gouvernement allemand qui privilégie une aide médicale renforcée sur place et dans les pays voisins.