Santiago, Chili – L’annonce de la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines a déclenché des scènes de liesse au sein de la vaste communauté vénézuélienne installée au Chili, ravivant l’espoir d’un retour dans une nation libérée de l’autoritarisme. Si la joie est palpable, la prudence reste de mise quant à l’avenir politique du Venezuela.
Plus de 1 500 personnes se sont rassemblées samedi dernier au Parque Almagro, à Santiago, pour célébrer cette nouvelle inattendue. Des embrassades, des applaudissements, des chants et des larmes ont marqué cette journée empreinte d’émotion. « J’étais avec eux toute la journée », témoigne Mary Montesinos, 49 ans, représentante chilienne du parti d’opposition vénézuélien Voluntad Popular. « Le sentiment général était que nous pourrions enfin rentrer chez nous, que le régime s’effondrerait et que nous retrouverions notre démocratie. »
Cependant, Mme Montesinos appelle à la prudence : « Ils ont capturé Maduro, mais le régime n’est pas encore tombé. Il a été construit sur 25 ans, et il faudra beaucoup de temps pour le démanteler. »
Le Chili est devenu l’une des principales destinations des Vénézuéliens fuyant la crise économique et politique de leur pays. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés estime qu’environ 23 % de la population vénézuélienne a quitté le Venezuela, avec un flux continu de jusqu’à 2 000 personnes par jour à la fin de l’année dernière.
Selon le recensement chilien de 2024, les Vénézuéliens constituent la plus importante communauté étrangère du pays, avec 669 000 personnes, dépassant largement les 233 000 Péruviens. La population vénézuélienne au Chili est également particulièrement jeune, avec seulement 5 % des individus âgés de plus de 45 ans.
L’arrivée massive de migrants vénézuéliens n’a pas été sans susciter des tensions au Chili. Mme Montesinos déplore une tendance des médias à mentionner la nationalité des auteurs de crimes uniquement lorsqu’ils sont étrangers, créant ainsi une perception négative de la communauté vénézuélienne. Le nouveau président chilien, José Antonio Kast, élu en décembre dernier, a fait de la lutte contre l’immigration illégale un pilier de sa campagne, alimentant les inquiétudes concernant la sécurité et le crime organisé. Il a même menacé d’expulser les migrants illégaux avant son investiture le 11 mars. On estime que 334 000 Vénézuéliens vivent illégalement au Chili.
M. Kast a salué l’intervention américaine au Venezuela, la qualifiant de « bonne nouvelle ». Le président sortant, Gabriel Boric, a adopté une position plus réservée, exprimant son inquiétude quant à la possibilité que de tels agissements se reproduisent ailleurs : « Aujourd’hui, c’est le Venezuela, demain, cela pourrait être n’importe quel autre pays. »
Roberto Becerra, 43 ans, arrivé au Chili en 2017 pour échapper à la répression politique au Venezuela, a participé à l’organisation de bureaux de vote à Santiago pour les élections présidentielles de 2024, dont les résultats ont été contestés par l’opposition. « Ce que nous pouvons faire depuis le Chili, en tant que membres de partis politiques, c’est rendre visible ce qui se passe au Venezuela », explique-t-il. « Nous sommes la voix de ceux qui ne peuvent pas s’exprimer. »
Malgré l’incertitude persistante, le rêve d’un retour au Venezuela reste vif au sein de la diaspora chilienne. Mme Montesinos affirme qu’elle serait prête à rentrer dans son pays pour participer à sa reconstruction si l’occasion se présentait : « Si un appel était lancé pour aider à la reconstruction, j’irais. Faire partie de cette histoire serait vraiment inspirant. »
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