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Épidémie d’Ebola en RDC: pénuries critiques menacent la lutte

by Sophie Martin
Le blocage logistique et sanitaire dans l'Ituri

Un foyer d’Ebola, causé par la souche rare Bundibugyo, a dépassé les 800 cas confirmés dans l’est de la République démocratique du Congo ce 17 juin 2026. Un mois après l’alerte d’urgence internationale de l’OMS, les équipes de réponse font face à des pénuries critiques de personnel et de matériel dans la province de l’Ituri.

L’ampleur actuelle de l’épidémie place la région face à un risque sanitaire majeur. Selon les rapports relayés par Business Day, des avertissements croissants suggèrent que cette crise pourrait devenir la pire jamais enregistrée, surpassant l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016 qui avait causé plus de 11 000 décès. La situation est exacerbée par la nature même du foyer. Jean Kaseya, directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), souligne que l’épidémie se propage dans un environnement urbain marqué par l’insécurité et une forte activité minière et commerciale.

Après quatre semaines, nous avons une épidémie dans une zone urbaine où règne l’insécurité, où il y a cette activité minière et commerciale, et où nous ne touchons pas toutes les personnes qui doivent figurer sur la liste des contacts. Si nous ne touchons pas ces personnes, nous ne pouvons pas dire que nous pouvons gagner contre cette épidémie.

Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC Ce manque de traçabilité laisse des dizaines de milliers de contacts non identifiés, créant des angles morts épidémiologiques dangereux.

Le blocage logistique et sanitaire dans l’Ituri

Dans la province de l’Ituri, épicentre de la crise, le système de surveillance montre des signes de rupture. Un rapport de l’OMS indique qu’au 14 juin, environ un tiers des 241 alertes concernant de nouveaux cas suspects n’avaient pas fait l’objet d’un suivi. Le manque de moyens de transport transforme des urgences médicales en attentes interminables. Manel Rebordosa, coordinateur de la réponse Ebola d’Oxfam à Bunia, a témoigné avoir visité un centre médical à Rwampara où une femme présentant des symptômes de fièvre et de saignements a dû attendre pendant des heures.

Ils appelaient le système de surveillance, mais ils ne sont pas venus, car ils couvrent plusieurs zones de santé et n’ont pas assez d’ambulances.

Le blocage logistique et sanitaire dans l'Ituri
Photo: TimesLIVE
Manel Rebordosa, coordinateur de la réponse Ebola d’Oxfam L’incapacité à isoler rapidement les patients aggrave la diffusion du virus. Jean Kaseya a précisé que certains patients admis décident de s’échapper pour diverses raisons, tandis que d’autres, bien que testés positifs, ne sont jamais admis ou ne reçoivent pas le soutien approprié, comme le rapporte TimesLIVE.

Le déficit critique de personnel et de matériel

L’analyse des ressources disponibles révèle un fossé abyssal entre les besoins et la réalité du terrain. L’Africa CDC a publié des chiffres alarmants concernant les équipes chargées des enterrements sécurisés et de la décontamination dans l’Ituri.
  • Personnel : Seulement 15 % des effectifs requis sont en place.
  • Véhicules : Seulement 7 % du parc automobile nécessaire est disponible.
Au-delà du personnel, la pénurie s’étend aux matériaux de construction les plus basiques, retardant la création de structures d’isolation. Le professeur Salim Abdool Karim, conseiller de l’Africa CDC, a insisté sur le fait que le manque de ressources est généralisé, allant des équipements de protection individuelle (EPI) jusqu’aux matériaux de chantier.

Il y a un besoin de plus de ressources pour presque tout, des EPI (équipements de protection individuelle) au gravier.

Épidémie d’Ebola en RDC : l’OMS envoie du matériel d’urgence
Professeur Salim Abdool Karim, conseiller de l’Africa CDC Le manque de gravier et de panneaux préfabriqués pour les murs, les sols et les toits bloque la finalisation des centres de traitement, laissant les équipes de santé dans une impasse infrastructurelle.

Le décalage entre discours officiel et réalité terrain

Le décalage entre discours officiel et réalité terrain
Face à ces constats, le gouvernement de la République démocratique du Congo tente de rassurer. Le ministre de la Santé, Samuel-Roger Kamba, a rejeté l’idée que l’épidémie dépasserait la capacité de réponse du pays lors d’un briefing gouvernemental lundi dernier. Le ministre a mis en avant le déploiement de 1 000 relais communautaires, sur 1 200 formés, pour effectuer un suivi porte-à-porte. Selon les chiffres officiels, le suivi des contacts s’élèverait à 63 %. Cependant, ce chiffre contraste avec les données de l’OMS sur les alertes non suivies et les rapports de terrain mentionnés par OkayAfrica. Le ministère de la Santé a lui-même reconnu, dans des documents partagés avec les équipes de réponse mercredi, des difficultés majeures :
  • Perte de vue de cas contacts.
  • Déplacement de patients entre différentes zones de santé.
  • Pénurie de carburant pour les unités mobiles.
L’écart entre la communication politique et les indicateurs logistiques de l’Africa CDC suggère une sous-estimation des besoins réels. Alors que le ministre Kamba évoque une situation maîtrisée, la réalité des 7 % de véhicules disponibles pour la décontamination dessine un scénario beaucoup plus précaire. L’issue de cette crise dépendra désormais de la capacité internationale et nationale à transformer les alertes en actions concrètes. Sans un apport massif de matériel et de personnel, le risque de voir l’épidémie s’installer durablement dans les zones urbaines et minières de l’est du pays reste critique. Note : Cet article traite de santé publique et de prévention. Pour toute question médicale ou symptôme suspect, veuillez consulter un professionnel de santé qualifié.

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