Une étude inédite explore les liens méconnus entre la Chine et le Brésil à la fin du XIXe siècle, révélant comment les deux nations ont envisagé une migration chinoise massive vers l’arrière-pays brésilien dans le cadre de leurs ambitions coloniales et de construction nationale.
Le projet de recherche, mené par Eric Vanden Bussche, professeur adjoint à l’Université de Tokyo, se penche sur la circulation transnationale des connaissances scientifiques et géographiques entre la Chine et le Brésil entre 1876 et 1909. Il met en lumière le rôle de ces échanges dans la redéfinition des stratégies de colonisation chinoises en Amérique du Sud.
L’étude examine comment des missions de reconnaissance et des délégations commerciales des deux pays ont élaboré des plans pour encourager un flux constant d’immigrants chinois vers les régions agricoles du Brésil. Ces efforts s’inscrivaient dans un contexte de modernisation nationale et d’expansion impériale pour les deux puissances.
Un élément central de cette recherche est l’expédition de Fu Yunlong au Brésil en 1889. Envoyé par la cour Qing, Fu Yunlong a passé deux mois à collecter des informations détaillées – cartes, études agricoles, rapports industriels – qu’il a ensuite compilées dans un rapport exhaustif de dix volumes. « Les responsables Qing se sont inspirés des écrits de Fu Yunlong pour réimaginer la migration chinoise vers l’Amérique du Sud », explique le projet de recherche.
L’étude va au-delà des perspectives nationales traditionnelles pour analyser la circulation mondiale des connaissances scientifiques et géographiques. Elle contribue également à une réflexion plus large sur le concept de colonialisme de peuplement, habituellement étudié dans le contexte des expériences européennes et nord-américaines.
Eric Vanden Bussche est également co-éditeur de Études critiques sur les Han : l’histoire, la représentation et l’identité de la majorité chinoise (University of California Press, 2012) et co-auteur de Brazil and China: Relations in a Changing World Order (World Knowledge Press, 2001). Il est titulaire d’un doctorat de l’Université de Stanford et d’une maîtrise de l’Université de Pékin. Il a également été chercheur invité à l’Institut d’histoire moderne de l’Academia Sinica à Taiwan.
À retenir
- La recherche révèle une collaboration inattendue entre la Chine et le Brésil à la fin du XIXe siècle concernant la migration chinoise.
- L’expédition de Fu Yunlong au Brésil en 1889 a joué un rôle crucial dans la planification de cette migration.
- L’étude propose une nouvelle perspective sur le colonialisme de peuplement en l’étendant au contexte sino-brésilien.
Contexte
À la fin du XIXe siècle, la Chine et le Brésil étaient tous deux engagés dans des processus de modernisation et de construction nationale. La Chine, sous la dynastie Qing, cherchait à renforcer son influence à l’étranger et à trouver des débouchés pour sa population croissante. Le Brésil, nouvellement indépendant, avait besoin de main-d’œuvre pour développer son agriculture.
Ce qui change
Cette recherche apporte une nouvelle compréhension des dynamiques coloniales et migratoires en Amérique du Sud, en mettant en évidence le rôle actif de la Chine dans ces processus. Elle remet en question les récits traditionnels centrés sur l’Europe et les États-Unis.
Prochaines étapes
Les prochaines étapes de la recherche consisteront à approfondir l’analyse des archives brésiliennes et chinoises pour reconstituer plus précisément les plans et les négociations concernant la migration chinoise. L’étude vise également à explorer l’impact réel de cette migration sur les sociétés brésilienne et chinoise.
Chiffres clés
- 1876-1909 : Période étudiée par la recherche, marquant une phase clé dans les échanges sino-brésiliens.
- 1889 : Année de l’expédition de Fu Yunlong au Brésil, un événement central de l’étude.
- 10 : Nombre de volumes composant le rapport de Fu Yunlong, témoignant de l’ampleur de ses recherches.
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