Publié le 16 janvier 2024. Une veste traditionnelle indienne, le bandhgala, est au cœur d’une polémique après que le ministre indien des Chemins de fer l’ait qualifiée de symbole d’une « mentalité coloniale », entraînant sa suppression de l’uniforme du personnel.
- Le ministre indien des Chemins de fer, Ashwini Vaishnaw, souhaite supprimer le bandhgala de l’uniforme du personnel, le considérant comme un vestige du colonialisme.
- Cette veste, aux origines remontant aux cours mogholes et aux royaumes du Rajasthan, est une pièce emblématique de la mode indienne, notamment portée lors des mariages.
- Des créateurs et descendants de familles royales s’opposent à cette décision, affirmant que le bandhgala est une expression de l’histoire et de la culture indiennes.
La décision du ministre indien des Chemins de fer de retirer le bandhgala de l’uniforme de son personnel a suscité une vive controverse. Ashwini Vaishnaw a déclaré vouloir éradiquer toute trace de « mentalité coloniale », estimant que cette veste incarne un passé à dépasser. Il a affirmé :
« Nous devons nous débarrasser de toute mentalité coloniale. Nous devons les identifier et les supprimer, que ce soit dans notre style de travail ou dans notre style vestimentaire. »
Ashwini Vaishnaw, ministre indien des Chemins de fer
Le bandhgala, souvent surnommé « veste princière » en raison de ses origines aristocratiques, est un vêtement profondément ancré dans l’histoire indienne. Ses racines remontent aux cours mogholes du XVIe siècle et aux États princiers du Rajasthan, où il a évolué au fil des siècles. Initialement conçu comme un vêtement élégant pour les empereurs et les maharajas, il a ensuite été adapté pour la pratique de l’équitation et du polo par la famille royale de Jodhpur au XIXe siècle, avant de gagner en popularité en Occident au début du XXe siècle.
Raghavendra Rathore, créateur de mode indien et descendant de la famille royale de Jodhpur, a vivement critiqué cette initiative. Il défend le bandhgala comme une expression raffinée de la couture royale indienne et conteste son association avec le colonialisme.
« Je pense qu’il est injuste de dire que cette veste ne fait pas partie de notre propre histoire ou qu’elle est le costume d’une autre culture. Elle s’est développée et a évolué sur quatre siècles, remontant aux cours mogholes et aux États princiers du Rajasthan. Cette veste était là avant l’arrivée des Britanniques à Calcutta et elle a connu une évolution très fluide depuis lors. »
Raghavendra Rathore, créateur de mode
Il souligne que la veste a même précédé l’arrivée des Britanniques et a continué d’évoluer au fil du temps.
L’adoption du bandhgala par les Chemins de fer indiens à la fin du XIXe siècle avait d’ailleurs pour but de remplacer les tenues de style européen. Bien que certains éléments de la veste aient pu être influencés par les uniformes militaires britanniques, notamment au niveau des finitions et des coutures, Rathore insiste sur le fait que l’essence même du vêtement reste profondément indienne.
Cette polémique s’inscrit dans une démarche plus large du gouvernement du Premier ministre Narendra Modi visant à se libérer de l’héritage colonial britannique, qui a duré plus de cent ans. L’objectif affiché est d’éliminer toute trace de « mentalité coloniale » et de promouvoir une identité nationale forte. Modi avait déclaré l’année dernière :
« L’objectif d’une Inde développée est d’éliminer toute trace de mentalité coloniale. »
Narendra Modi, Premier ministre indien
Rathore s’interroge sur le choix de l’uniforme qui remplacera le bandhgala, espérant qu’il ne s’agira pas simplement d’une tenue occidentale. Il reconnaît que la veste n’est pas toujours la plus pratique pour les employés des Chemins de fer, en particulier pendant les fortes chaleurs estivales, mais regrette de voir disparaître un symbole de l’histoire et de la culture indiennes.