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Étudiants étrangers | Un plafond de 15 % recommandé par le commissaire à la langue française

Publié le 8 octobre 2025 à 16 h 50. Le commissaire à la langue française recommande de limiter l’admission d’étudiants étrangers dans les établissements d’enseignement supérieur québécois à 15 %, face à des enjeux d’intégration et de respect…

Étudiants étrangers | Un plafond de 15 % recommandé par le commissaire à la langue française

Publié le 8 octobre 2025 à 16 h 50. Le commissaire à la langue française recommande de limiter l’admission d’étudiants étrangers dans les établissements d’enseignement supérieur québécois à 15 %, face à des enjeux d’intégration et de respect des processus d’admission.

  • Le commissaire Benoît Dubreuil propose de plafonner à 15 % le nombre d’étudiants internationaux dans les universités et collèges québécois.
  • Il souligne des problèmes d’intégrité dans les admissions et un manque de préparation de certains étudiants étrangers.
  • La ministre de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, se montre prudente face à une telle mesure.

Québec – Le commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil, a déposé mercredi un rapport contenant 11 recommandations visant à mieux encadrer l’accueil des étudiants étrangers dans la province. Face à une augmentation rapide des demandes d’admission, notamment en provenance d’Afrique francophone, il juge nécessaire de revoir les pratiques actuelles pour assurer une intégration réussie et préserver le statut du français.

Selon M. Dubreuil, certains établissements d’enseignement supérieur ont développé un modèle économique trop axé sur le recrutement international, parfois au détriment de la rigueur des admissions. « Des collèges ont développé des modèles d’affaires centrés principalement sur le recrutement d’étudiants internationaux. L’intégrité des processus d’admission et d’immigration n’a pas toujours été respectée. Plusieurs personnes sont arrivées en étant visiblement mal préparées aux études au Québec et finalement, plusieurs titulaires d’un permis d’études ne se sont pas présentés dans l’établissement qui les avait admis ou encore ont déposé une demande d’asile », a-t-il précisé.

Bien que reconnaissant l’apport des étudiants francophones, dont l’utilisation du français au travail se rapproche de la moyenne québécoise, le commissaire insiste sur la nécessité d’un meilleur accompagnement. Il note qu’à l’heure actuelle, la proportion moyenne d’étudiants étrangers est de 13 %, mais qu’elle dépasse ce chiffre dans une dizaine à une quinzaine d’établissements, notamment les collèges Ellis et Lasalle à Montréal.

« Ce sont des contextes qui ne sont pas tout à fait favorables à l’intégration […] dans la mesure où [on] étudie au Québec pendant quelques années, mais sans être en contact avec des étudiants québécois. »

Benoît Dubreuil, commissaire à la langue française

M. Dubreuil propose donc de viser un maximum de 15 % d’étudiants internationaux par établissement, tout en laissant une marge de manœuvre pour les régions où l’offre de programmes est limitée, comme à Baie-Comeau, Matane ou Saint-Félicien. Les étudiants de cycles supérieurs, dont le nombre est jugé stable, pourraient également être exclus de ce calcul.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, s’est montrée prudente quant à l’instauration d’un tel plafond, craignant une approche trop rigide.

Parallèlement à cette recommandation, le commissaire Dubreuil suggère la création d’un consortium regroupant les acteurs clés de l’éducation pour promouvoir les études au Québec à l’étranger et mieux préparer les futurs étudiants à leur arrivée. Il souligne l’importance de fournir des informations claires et réalistes sur les coûts de la vie et les exigences des études québécoises.

« Il y a des gens qui sont arrivés [et] qui sont tombés en bas de leur chaise parce que justement, ça coûtait infiniment plus cher que ce qu’on leur avait expliqué. Il y a des gens qui viennent, ils disent moi je vais réussir à payer mes droits de scolarité puis à vivre en travaillant 24 heures la semaine, [mais] ça ne marche pas. Il y a quelqu’un qui n’a pas donné la bonne information. »

Benoît Dubreuil, commissaire à la langue française

Enfin, le rapport insiste sur la nécessité d’un meilleur accompagnement des étudiants étrangers sur les campus, afin de favoriser les échanges interculturels et prévenir les préjugés. « Si dans les réseaux scolaires, vous n’êtes pas capable de gérer des rapprochements [interculturels] pour qu’il y ait des rapports positifs entre les cultures, après ça va se transférer sur le marché du travail. [Et] quand on ne gère pas bien la rencontre interculturelle, on produit des préjugés et du racisme », a-t-il expliqué.

Planification de l’immigration : l’image du Québec « ternie »

Lors des consultations générales sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2026-2029, qui se déroulaient simultanément au parlement mercredi, le recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Christian Blanchette, a déploré que le débat public sur l’immigration et la restriction du nombre d’étudiants étrangers « a terni l’image du Québec à l’international », et le rend « moins attractif ».

« Le recrutement des étudiants internationaux, c’est une course aux talents, une course menée entre pays développés. Le bilan de notre recrutement international des deux dernières années a bien démontré que nous perdons cette course », a-t-il expliqué.

M. Blanchette a évoqué la Loi 74, adoptée en décembre 2024, qui impose des cibles par établissement d’enseignement. « Depuis le projet de loi 74 et depuis l’arrivée des quotas, la réaction a été instantanée : le Québec a perdu son attraction et son lustre ! Les universités comme l’UQTR en font les frais. Par exemple, fin mars 2025, les demandes d’admission à l’UQTR en provenance des étudiants internationaux avaient fondu de 53 % », a-t-il illustré.

De son côté, l’Université de Montréal a affirmé que « l’effet cumulatif » des mesures de Québec et Ottawa « entraîne une incertitude et un climat de méfiance dans la population étudiante internationale ».

« Cette fragilisation […] compromet la santé financière des universités québécoises, nuit à leur compétitivité face aux autres concurrentes et, en fin de compte, porte atteinte à un élément central de notre fierté collective : l’excellence et le rayonnement international de notre enseignement supérieur », écrit l’université dans son mémoire. « Les étudiants internationaux à l’Université de Montréal ne sont pas un problème à régler », a soutenu le recteur, Daniel Jutras.

Fanny Lévesque, La Presse

Avec Caroline Laplante, La Presse Canadienne

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.