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«Eureka Day» est un délice comique au Pasadena Playhouse; Revoir

“Journée Eureka” : Une comédie mordante sur les fractures parentales La comédie primée “Journée Eureka”, actuellement sur les planches du Pasadena Playhouse, est-elle aussi hilarante qu’elle semble pertinente face aux enjeux actuels ? Ou ses rires masquent-ils une…

«Eureka Day» est un délice comique au Pasadena Playhouse; Revoir

“Journée Eureka” : Une comédie mordante sur les fractures parentales

La comédie primée “Journée Eureka”, actuellement sur les planches du Pasadena Playhouse, est-elle aussi hilarante qu’elle semble pertinente face aux enjeux actuels ? Ou ses rires masquent-ils une thématique délicate ? Il est vrai que peu de gens trouvent de l’humour dans les débats passionnés sur la vaccination infantile, sujet central du script de Jonathan Spector, qui met en scène les échanges conflictuels d’un groupe de parents. Le fait que la pièce se déroule désormais à la fin des années 2010, lors de sa création originale, nous offre une distance suffisante pour aborder la folie actuelle avec un regard plus distancié et, pourquoi pas, en riant. À condition que le climat actuel ne vous ait pas rendu insensible à ce genre d’humour.

L’action se situe principalement dans une salle de classe d’une école privée progressiste à Berkeley, et se concentre sur une série de réunions du conseil d’administration. Les désaccords sur la gestion d’une épidémie révèlent des tensions profondes et, finalement, assez vives parmi les parents. Il est important de noter que, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce ne sont pas les conservateurs qui sont visés. Tous les parents de l’école Eureka Day sont des libéraux convaincus, et la pièce rappelle que des opposants à la vaccination peuvent également se trouver à gauche, même si leurs voix sont moins souvent entendues aujourd’hui. Elles résonnent pourtant avec force dans “Journée Eureka”, où la comédie naît de la rapidité avec laquelle une communauté progressiste et pacifique peut se transformer en un champ de bataille, pour peu qu’un sujet sensible soit abordé.

Les cinq acteurs sur scène (six, techniquement, mais révéler la nature du caméo serait un spoiler) offrent des performances remarquables. Rick Harmon incarne Don, le président du conseil d’administration, un homme passif-agressif qui rappelle un peu Bill Lumbergh de “Office Space”, mais avec une once de bonté. Don s’efforce de traiter tout le monde de manière égale, parfois jusqu’à l’absurde, mais il est inévitablement celui qui risque le plus de piétiner les opinions des autres. Quiconque a déjà participé à une réunion d’entreprise en pleine crise reconnaîtra ce type de leader qui, face à une menace existentielle, sort un marqueur et invite à la création d’une liste de “mesures à prendre”. Il n’est méchant que par ses platitudes incessantes.

Les trois personnages féminins sont plus tranchés, ou du moins, elles le deviennent au fil de la pièce. Suzanne (Mia Barron), la plus directe, voit sa politesse condescendante céder la place à la colère lorsque ses opinions sont remises en question. Carina (Cherise Boothe), nouvelle venue noire et lesbienne à l’école et au conseil d’administration, représente le point de vue extérieur, observant avec lucidité le fonctionnement de l’institution et se montrant plus disposée à prendre du recul. Meiko (Camille Chen), dont le nom même suggère la timidité, pourrait bien être celle dont l’explosion de colère sera la plus spectaculaire. On apprend rapidement qu’elle a une liaison avec Eli (Nate Corddry), un gourou de la technologie au charme irrésistible, marié ouvertement à une partenaire invisible… peut-être.

La première scène voit le groupe se disputer sur des questions anodines, comme l’ajout de la mention “adopté transracial” à la liste des identités auto-déclarées de l’école. C’est un exemple de l’autodérision présente dans “Journée Eureka” – une satire du libéralisme, certes, mais empreinte d’une affection sincère. Les conservateurs pourraient y trouver matière à rire en voyant les travers de l’aile la plus progressiste, tout en réalisant qu’il s’agit d’une querelle interne plutôt que d’une attaque contre les valeurs libérales.

L’idée de luttes intestines au sein d’une même famille est renforcée par l’épidémie qui frappe l’école, entraînant sa fermeture et le débat sur la mise en place d’un mandat vaccinal avant la réouverture. Cela conduit à une scène de “town hall” où le conseil d’administration organise un forum en ligne pour recueillir les opinions des parents, une idée qui s’avère désastreuse, comme seul quiconque ayant déjà assisté à une guerre ouverte sur un forum internet pouvait le prévoir.

Une scène en particulier se distingue par son originalité dans le paysage du théâtre comique. Il est rare de rire aussi fort dans une salle de 800 places, comme ce fut le cas au Pasadena Playhouse lors de cette séquence. L’humour ne provient pas des acteurs sur scène, mais du défilement des messages de plus en plus hostiles que les parents envoient au conseil d’administration et les uns aux autres sur un écran. Le rire devient si fort qu’il couvre parfois les dialogues des acteurs, et on espère que ce qui se dit sur scène n’est pas trop important, car les rires proviennent des parents virtuels qui, un par un, perdent complètement leur sang-froid dans le chat. Finalement, le conseil d’administration a l’intelligence de fermer son ordinateur portable, mais pas avant une dizaine de minutes de chaos total.

“Journée Eureka” ne dépasse jamais cette séquence intermédiaire en termes d’hilarité, et heureusement, elle ne le cherche pas. Mais une inévitable baisse de régime dans les scènes finales, vers quelque chose de plus poignant, ne laisse pas la comédie s’évanouir complètement. Les personnages apparaissent et disparaissent dans l’obscurité, et celle qui s’oppose le plus au mandat vaccinal livre un monologue convaincant expliquant les raisons de sa position, rappelant au public que même les adversaires ont leurs propres raisons, aussi contestables soient-elles.

La pièce est cependant un peu déséquilibrée. Si vous êtes anti-vaccin, ne vous attendez pas à un traitement équitable. Spector semble en faire un peu trop pour discréditer les arguments anti-vaccination, ce qui pourrait également être perçu comme une attaque raciste, bien que ce ne soit pas son intention première. De même, il devient trop évident ce que nous devons penser de Suzanne, tandis que le rôle d’Eli, le magnat de la technologie qui sert de deus ex machina à la fin, et celui de sa partenaire, Meiko, restent flous. Il est agréable de voir Chen enfin se lâcher, mais son personnage se retire ensuite des scènes finales, laissant le spectateur souhaiter un véritable point culminant, ou au moins un anticlimax, pour elle.

Ces réserves mises à part, il est difficile de surestimer le plaisir que l’on prend à assister à cette pièce, grâce à une distribution exceptionnelle et une mise en scène parfaitement rythmée par Teddy Bergman. Le dialogue de Spector est si percutant que l’on a envie de prendre des notes sur tout ce qui pourrait un jour figurer à l’affiche. Il a écrit une pièce où, lorsque la dernière scène (sans entracte) s’avère beaucoup plus courte que les précédentes, on ne peut s’empêcher de soupirer de déception, souhaitant que l’histoire dure un peu plus longtemps. (On se demande également comment la version originale de la pièce, qui se déroulait à la fin des années 2010, se terminait ; cette version contient une punchline parfaite qui n’aurait pas pu être écrite avant la pandémie, et c’est tout ce que nous dirons à ce sujet.)

Surtout, si vous vous situez au moins au milieu du spectre progressiste, “Journée Eureka” est remarquable par sa capacité à considérer ses personnages comme des êtres fondamentalement décents, malgré leurs erreurs, leurs faiblesses et leur entêtement. Passer du temps avec un groupe de personnes intelligentes qui se disputent et se déchirent, mais qui, au fond, veulent bien faire, est une forme de réconfort dans un monde où l’on peut douter de l’intégrité de ses concitoyens et de ses dirigeants. Avec son mélange de plaisanteries acerbes et de bienveillance, “Journée Eureka” vaut vraiment le détour.

“Journée Eureka” se joue au Pasadena Playhouse jusqu’au 5 octobre. Les informations sur les billets sont disponibles ici.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.