Publié le 30 octobre 2025 à 18h46. Le Premier ministre roumain Ilie Bolojan a révélé que l’annonce du retrait partiel des troupes américaines de la base de Mihail Kogălniceanu a été retardée de deux jours afin de coordonner la communication avec Washington et d’anticiper les réactions au Congrès américain.
- L’annonce initiale du retrait américain a été faite à la Roumanie par le Pentagone, sans préavis.
- Le gouvernement roumain avait préparé une conférence de presse pour mercredi, mais l’information a fuité dans la presse ukrainienne la veille.
- Les États-Unis envisagent un recentrage de leurs forces vers la région Asie-Pacifique et attendent une plus grande contribution des alliés européens de l’OTAN.
Selon le Premier ministre Bolojan, les autorités roumaines ont été informées lundi du projet de retrait de troupes américaines stationnées en Roumanie. Cette décision, initialement communiquée sans consultation préalable, a suscité une réaction rapide de Bucarest, qui a cherché à coordonner l’annonce avec Washington. L’objectif était de permettre aux États-Unis de faire la première annonce lors d’un briefing devant la Commission de Défense de la Chambre des Représentants américaine.
« Nous avons été informés lundi par l’intermédiaire de l’attaché militaire de notre ambassade, qui avait été convoqué au Pentagone », a déclaré Ilie Bolojan lors d’une intervention sur Antena 1. L’ambassadeur de Roumanie auprès de l’OTAN a également reçu une notification similaire de son homologue américain.
La fuite prématurée de l’information, publiée par la presse ukrainienne, a compliqué la situation. Une conférence de presse était prévue au ministère de la Défense roumain pour mercredi, mais les détails ont été divulgués la veille. « Il a été considéré que lors de la réunion d’information mercredi dans les commissions de la Chambre des représentants, du côté de la défense, il y aurait une possibilité de fuite de cette information. Et puis, le ministère de la Défense a préparé une conférence de presse pour mercredi, afin d’annoncer ces choses. Mais ils ont divulgué, disons, les données, la nuit précédente », a expliqué Bolojan.
Le Premier ministre a souligné que cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large des États-Unis, annoncée depuis l’arrivée de la deuxième administration Trump, visant à réorienter leurs forces vers la région Asie-Pacifique et à solliciter une plus grande implication des alliés européens au sein de l’OTAN. « Cela a été établi en juin lors du sommet de l’OTAN à La Haye. Ces jours-ci, les troupes américaines supplémentaires amenées en Europe après l’invasion de l’Ukraine ont été partiellement réduites », a-t-il précisé.
Bolojan a cependant tenu à rassurer sur l’engagement américain en Roumanie. « Nous n’avions pas de bases stables, mais une rotation. Les rotations ont pratiquement cessé de se produire, mais les troupes de nos alliés sont en Roumanie, les bases militaires sont actives et toutes les garanties de sécurité sont en place », a-t-il affirmé.
Par ailleurs, le Premier ministre a indiqué que les négociations avec la Commission européenne concernant l’accès aux fonds de défense prévus dans le programme SAFE sont en phase finale et devraient aboutir d’ici la mi-novembre. « Ensuite, un Conseil suprême de défense nationale (CSAT) sera convoqué pour approuver notre plan d’équipement qui sera présenté à la Commission européenne », a-t-il ajouté.
Le ministère roumain de la Défense a confirmé mercredi la décision américaine de « redimensionner » les troupes en Europe, précisant qu’il s’agit de l’arrêt des rotations d’une brigade américaine, et non d’un retrait pur et simple. Kyiv Post avait rapporté, citant des sources américaines et européennes, que l’administration américaine envisageait de retirer « des milliers de soldats » de Roumanie.
Le ministre de la Défense, Ionuț Moșteanu, dans un communiqué de presse, a précisé qu’environ 1 000 soldats américains resteraient en Roumanie, contribuant à la dissuasion et à la sécurité régionale. La présence américaine à la base de Mihail Kogălniceanu reviendrait ainsi à un niveau similaire à celui d’avant la guerre en Ukraine (2022), avec environ 7 à 800 soldats, et environ 200 à Deveselu, où se trouve le bouclier anti-missile Aegis Ashore, ainsi que plus de 100 à Câmpia Turzii.
En 2022, un groupement tactique de l’OTAN dirigé par la France avait été créé en Roumanie, comprenant 1 100 personnes, avec la capacité d’être renforcé à un niveau de brigade (3 000 à 5 000 soldats) si nécessaire.
