Des familles de victimes et des groupes civiques sud-coréens exigent le retrait d’images réelles de la bousculade meurtrière d’Halloween 2022 à Itaewon, intégrées dans les cinématiques du jeu vidéo Call of Duty : Modern Warfare 4 pour illustrer une invasion fictive.
La sortie du dernier volet de la franchise de tir à la première personne suscite une vive réprobation en Corée du Sud. Dans cet opus, l’intrigue imagine une attaque surprise de grande envergure des forces nord-coréennes contre le Sud. Pour représenter les ravages et le chaos consécutifs à cette offensive fictive dans les rues, les développeurs ont eu recours à des photographies et des séquences documentaires de la catastrophe réelle survenue dans le quartier de Séoul.
Les séquences en question mettent en scène des interventions d’urgence, des manœuvres de réanimation cardio-pulmonaire menées par des secouristes, des pompiers à l’œuvre et des corps alignés à même le sol. Des filtres monochromes et des effets sonores de guerre ont été superposés pour faire croire à des scènes de combats.

L’indignation des familles endeuillées face au jeu d’Activision
Cho In-young, qui dirige un comité représentant des familles de victimes, a exprimé sa colère auprès de l’AFP.
L’utilisation de ces images montre une absence totale de sensibilité à la douleur ressentie par les familles endeuillées, les victimes et les citoyens en voyant le site de la catastrophe tel qu’il était, ainsi qu’un manque de considération pour la dignité de ceux qui sont morts.
Cho In-young, responsable d’un comité de familles de victimes, via Lesoir
Dans un communiqué commun publié par le comité et plusieurs groupes civiques, les signataires exigent des mesures correctives immédiates de la part du studio. Ils estiment inadmissible de détourner une telle tragédie à des fins ludiques et réclament le retrait pur et simple des passages litigieux.
Les explications de l’éditeur et le souvenir d’Itaewon
Sollicité par l’AFP, l’éditeur Activision n’a pas immédiatement donné suite à la demande de commentaire. Toutefois, dans un entretien accordé à l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, la société a justifié son choix artistique.
Les représentants de l’entreprise ont affirmé que les visuels avaient été insérés uniquement comme un ressort narratif pour soutenir la trame fictive, niant toute volonté de faire écho au drame d’Itaewon ou de minimiser la portée de quelque drame réel que ce soit.
Cette polémique éclate précisément au moment où la Corée du Sud commémore le quatrième anniversaire du drame. Le 29 octobre 2022, une foule immense de jeunes adultes s’était massée dans les ruelles étroites du quartier d’Itaewon pour fêter le premier Halloween post-pandémie. Un mouvement de foule incontrôlable dans une pente exiguë avait provoqué l’asphyxie et la mort par écrasement de plus de 150 personnes.
Des rassemblements commémoratifs se tiennent en présence de familles venues de l’étranger, qui entendent porter l’affaire sur le terrain officiel après avoir recueilli des signatures pour appuyer leurs revendications.