Une recrudescence de demandes de billets médicaux par des fonctionnaires fédéraux cherchant à justifier du télétravail engorge les cliniques de première ligne en Outaouais. Des omnipraticiennes de Gatineau dénoncent une situation qu’elles jugent non justifiée sur le plan clinique, pointant du doigt les exigences de présence au bureau et le manque de discernement des gestionnaires.
Depuis le mois de juillet 2026, l’obligation imposée aux employés du gouvernement fédéral de se présenter au bureau quatre jours par semaine s’accompagne d’une conséquence inattendue dans les cabinets médicaux de la région.
Des professionnels de la santé observent une augmentation marquée des consultations de fonctionnaires qui réclament une prescription pour continuer à travailler depuis leur domicile.
Des milliers de requêtes transmises aux ministères fédéraux
Entre septembre 2024, moment où Ottawa a exigé une présence de trois jours par semaine, et juillet 2026, Emploi et Développement social Canada a ainsi eu à traiter 5 532 demandes de cette nature. Durant la même période, la Défense nationale a dû gérer 1 141 requêtes sur un effectif d’environ 30 000 employés, illustrant la pression constante exercée sur les services administratifs.

L’ampleur du phénomène varie considérablement d’un ministère à l’autre, selon les données compilées auprès de l’appareil gouvernemental. Emploi et Développement social Canada a reçu des demandes de télétravail pour des motifs médicaux. Le ministère de la Défense nationale a quant à lui dû en traiter pour des motifs médicaux. À l’opposé, les ministères des Finances et de la Sécurité publique affichent moins d’une dizaine de dossiers chacun.
Des certificats sous tension dans le système de santé
Dans les cliniques de Gatineau, cette multiplication de visites est perçue comme un irritant majeur qui monopolise le temps des omnipraticiennes. La Dre Karine Lemyre, médecin de famille, évalue qu’au moins 90 % de ces requêtes ne reposent sur aucune base clinique valable. Elle affirme que ces rendez-vous de 15 à 20 minutes accaparent des plages horaires qui devraient être consacrées à des patients réellement malades.

Ce qui me frustre, c’est que ça engorge le système de santé qui est déjà surchargé de tout bord, de tout côté. […] J’ai l’impression que je n’ai pas vu l’enfant qui fait de la fièvre, qui est en train d’aller attendre 12 heures à l’urgence, car il n’a pas été capable de prendre rendez-vous avec moi.
Dre Karine Lemyre, médecin de famille
Ses collègues partagent ce constat d’impuissance.
La Dre Laurence Cadieux-Pilon qualifie la situation d’hyper frustrante pour le personnel soignant, qui se retrouve pris en otage entre les exigences patronales et les requêtes d’employés en bonne santé. De son côté, la Dre Stéphanie Régimbal souligne que les discussions se révèlent souvent ardues et exigent de remplir de la paperasse non justifiée, alors que l’anxiété invoquée découle principalement des contraintes du retour au bureau et des temps de transport.
Les médecins réclament un triage gouvernemental interne
Face à cette charge administrative, les professionnelles de la santé estiment que le gouvernement fédéral doit revoir sa approche. Elles suggèrent la mise en place d’un mécanisme de triage à l’interne, par l’entremise d’infirmières praticiennes spécialisées ou de médecins engagés par l’État. Ce filtre permettrait d’évaluer la légitimité des dossiers avant d’encombrer le réseau public de première ligne.
Les médecins interpellent également directement la gestion au sein des ministères, qu’elles invitent à faire preuve de discernement plutôt que d’exiger systématiquement un avis médical pour régler des différends organisationnels ou des enjeux de conciliation.