Ferrari a dévoilé le 25 mai 2026 la Luce, son premier véhicule 100 % électrique. Conçue par le studio LoveFrom de Jony Ive, cette crossover à cinq portes a provoqué un séisme esthétique et financier, entraînant une chute de 8 % de l’action du constructeur dès le jour de sa présentation.
Le pari radical de LoveFrom et le design bicolore
L’esthétique de la Luce ne cherche pas le consensus, mais la rupture. Pour ce premier virage électrique, Ferrari a écarté son designer habituel, Flavio Manzoni, pour confier les clés du projet à l’agence LoveFrom, fondée par l’ancien cadre d’Apple Jony Ive et Marc Newson. Le résultat est un véhicule dont la carrosserie semble scindée en deux parties distinctes, utilisant un contraste de couleurs pour créer l’illusion que l’habitacle est une pièce unique insérée dans l’enveloppe extérieure.


Selon Passionandcar.fr, cette approche repose sur une séparation physique : un espace parcourt tout le périmètre de la ligne de ceinture du véhicule, isolant visuellement et structurellement la zone passagers du reste de la carrosserie.
Cette direction artistique a immédiatement divisé. Si certains y voient une évolution moderne, d’autres dénoncent une banalité navrante, dépourvue du panache et de la volupté habituels de Maranello. Le choix d’une livrée bleu layette pour la présentation officielle à Rome, plutôt que le rouge emblématique, souligne une volonté délibérée de distancier la Luce de la gamme thermique.
Performance et mutation structurelle : l’arrivée du cinq portes
Au-delà du style, la Luce marque une rupture fonctionnelle majeure. Ferrari propose pour la première fois un véhicule à cinq portes et cinq places, incluant une troisième rangée de sièges. Ce choix, justifié par le directeur produit Pietro Virgolin, découle des contraintes techniques de l’électrification : l’absence de transmission centrale permet d’optimiser l’espace intérieur pour loger une batterie massive et un système de propulsion complexe.
Les spécifications techniques placent la Luce dans une catégorie à part :
- Puissance : 1 050 ch via quatre moteurs électriques.
- Poids : 2 260 kg.
- Configuration : Crossover cinq portes avec habitacle spacieux.
Cette mutation vers un format familial et technologique transforme l’ADN de la marque, passant d’une voiture de passion faite de compromis mécaniques à un objet de luxe rationnel, presque désincarné.
Un choc financier et une valeur de revente incertaine
Le marché a réagi avec une violence rare pour un lancement de produit. Comme le rapporte Le Point, le titre de Ferrari a plongé de 8 % le jour même de la présentation. Ce décrochage reflète l’inquiétude des investisseurs face à un modèle qui bouscule trop brutalement l’identité de Maranello.
Affichée à 550 000 euros, la Luce pose une question fondamentale sur la valeur résiduelle des Ferrari électriques. Alors que les modèles thermiques sont perçus comme des investissements sûrs, l’approche “tech” de la Luce, très proche de l’écosystème Apple, fait craindre une obsolescence plus rapide, similaire à celle des produits électroniques de haute consommation.
L’expérience client : entre luxe extrême et chaos numérique
La transformation de Ferrari s’étend jusqu’à son interface de vente. Le nouveau configurateur en ligne, dont l’esthétique rappelle fortement celle d’Apple, propose un niveau de personnalisation poussé à l’extrême, au risque de devenir illisible.
L’analyse d’ Automobile Propre révèle un catalogue d’options vertigineux :
| Élément | Options de personnalisation |
|---|---|
| Couleurs carrosserie | 35 options |
| Couleurs intérieur (cuir/alcantara) | 39 options |
| Options cabine avant | 38 options |
| Volant | 17 options |
| Étriers de frein | 8 couleurs |
Le véhicule se distingue également par ses jantes, les plus grandes jamais montées sur une Ferrari, avec 23 pouces à l’avant et 24 pouces à l’arrière, disponibles avec des cache-moyeux en titane, carbone, noir ou Giallo Modena.
Une crise d’identité stratégique
La Luce ne se contente pas de diviser les amateurs de design ; elle interroge la définition même de ce qu’est une Ferrari. Pour certains observateurs, comme ceux cités par Caradisiac, le véhicule est si éloigné des standards de la marque qu’il semble avoir été conçu par une intelligence artificielle, dénué de tout charme ou caractère.
Cependant, ce parti pris semble calculé. En créant un objet radicalement différent, la direction de Ferrari cherche probablement à protéger l’éclat de ses modèles thermiques. En isolant l’électrique dans une esthétique “rationnelle” et distincte, la marque évite de diluer l’image de ses supercars traditionnelles tout en s’ouvrant à une nouvelle clientèle, plus proche de la Silicon Valley que des circuits de course.
Le risque est néanmoins réel : en voulant trop se démarquer, Ferrari pourrait aliéner ses puristes et perdre l’essence même de son attractivité. Le débat, qui a même atteint les oreilles du pape Léon XIV, montre que la Luce a réussi son objectif de communication, mais son succès commercial et son acceptation culturelle restent, à ce jour, très incertains.
