Publié le 3 novembre 2025 à 05h55. Le Festival des écrivains et lecteurs d’Ubud, en Indonésie, se distingue par sa liberté de ton et sa capacité à aborder des sujets sensibles, contrastant avec la prudence observée dans d’autres événements littéraires. Malgré des pressions politiques passées, le festival continue de proposer un espace d’échange unique pour les auteurs du monde entier.
- Le Festival d’Ubud offre une plateforme d’expression plus libre que certains festivals occidentaux, notamment en Australie, où les auteurs craignent des réactions négatives sur les réseaux sociaux.
- L’événement a déjà été confronté à des tentatives de censure de la part du gouvernement indonésien, notamment concernant les débats sur les massacres de 1965.
- Le festival soutient les écrivains indonésiens, leur offrant une visibilité internationale et un forum pour partager leurs perspectives.
Ubud, sur l’île de Bali, se présente comme un espace singulier dans le paysage littéraire international. Contrairement à d’autres événements, où la crainte de controverses peut limiter les discussions, le Festival des écrivains et lecteurs d’Ubud semble jouir d’une certaine flexibilité, permettant d’aborder des thèmes délicats et de mettre en lumière des voix moins entendues. Janet DeNeefe, directrice du festival, souligne cette particularité, expliquant que l’absence de grands éditeurs basés à Bali favorise une programmation plus audacieuse.
DeNeefe établit un contraste frappant avec les festivals australiens, où, selon elle, règne « un peu de peur ».
« D’après ce que j’ai pu voir, il y a eu quelques situations dans lesquelles les écrivains se sont retirés. Je pense qu’il est simplement plus difficile pour les gens de dire ce qu’ils pensent parce que… vous pouvez soudainement être attaqué sur les réseaux sociaux. »
Janet DeNeefe, directrice du Festival des écrivains et lecteurs d’Ubud
Elle décrit une atmosphère où la peur de représailles en ligne entrave la liberté d’expression, comparant la situation à une « guerre » où chacun, par ses mots, peut déclencher des conflits.
L’Indonésie, pays à majorité musulmane, contraste avec Bali, où l’hindouisme est prédominant. Cette singularité culturelle se reflète dans la programmation du festival, qui aborde des sujets variés, allant de la situation à Gaza aux écrivains emprisonnés, en passant par la représentation de l’homosexualité dans la littérature jeunesse.
Le festival a connu des moments de tension avec le gouvernement indonésien. En 2015, des sessions prévues sur les massacres de 1965, période de répression brutale du parti communiste, ont menacé de faire perdre sa licence à l’événement. Face à cette pression, les sessions ont été annulées, mais les intervenants ont trouvé d’autres moyens d’aborder le sujet, contournant ainsi la censure.
« C’était un peu ‘ne mentionnez pas la guerre’ »
Janet DeNeefe, directrice du Festival des écrivains et lecteurs d’Ubud
Le festival a accueilli des personnalités littéraires de renom telles que Nick Cave, Michael Ondaatje et Vikram Seth. Cette année, l’écrivaine colombienne Ingrid Rojas Contreras, dont le mémoire L’homme qui pouvait déplacer les nuages retrace son expérience de l’amnésie suite à un accident de vélo, était à l’honneur. Une rencontre fortuite au buffet de fruits de mer a permis à un participant de croiser l’historien écossais William Dalrymple, rendu célèbre par son podcast Empire.
Le festival a également subi les conséquences des coupes budgétaires décidées par l’administration Trump, qui ont entraîné l’absence d’écrivains américains habituellement présents grâce au soutien financier du gouvernement américain.
Au-delà des conférences, le festival propose des ateliers d’écriture, des slams de poésie, des stages pour jeunes auteurs et des activités originales telles que l’observation des oiseaux et la méditation dansée 5Rhythms animée par Gina Chick. L’année prochaine, l’auteure Geraldine Brooks accompagnera Janet DeNeefe dans une exploration de l’île de Sumba, moins fréquentée par les touristes.
Cette année, plus de 80 conférences ont été proposées sur quatre jours, avec un billet international d’environ 580 dollars (les participants indonésiens bénéficiant d’un tarif réduit). Les participants ont dû faire face à une chaleur intense, à des pluies diluviennes et à des trottoirs dégradés, avant de retrouver le confort de leurs logements, parfois en compagnie d’escargots géants.
L’écrivaine indonésienne Sadie Noni a lancé son roman éco-fantastique pour jeunes adultes, Les feux de Tanam Alkin, lors du festival. Publié en auto-édition en anglais, ce livre a suscité l’intérêt des écoles et est désormais disponible dans les principales librairies du pays.
« Le festival vous offre un forum pour parler de vos écrits. Il est très important pour les écrivains indonésiens car il existe de nombreuses perspectives et voix indonésiennes importantes, mais elles ne parviennent pas à se faire entendre sur la scène régionale ou mondiale. »
Sadie Noni, écrivaine indonésienne
Enfin, Penguin South-East Asia, basé à Singapour, a organisé un cocktail où un responsable a rappelé que c’est lors du festival de l’année précédente qu’avait été conclu un contrat avec l’auteur malaiso-australien Omar Musa, aboutissant à la publication de son roman Terre Féroce en septembre.
Le festival s’est achevé sur une note d’inspiration, laissant les participants avec une longue liste de lectures à découvrir. L’un d’eux regrettait de ne pas avoir pu acquérir un exemplaire de Un jour, tout le monde aura toujours été contre ça, un essai d’Omar El Akkad dénonçant l’indifférence occidentale face à la situation à Gaza.
Une rencontre fortuite avec El Akkad au contrôle de sécurité a permis un bref échange, laissant l’impression d’une distance polie entre l’auteur et le circuit des festivals littéraires. Pourtant, l’e-mail promis a bien été reçu, brisant les barrières et ouvrant la voie à de futures conversations.
Stephen Brook a assisté au Festival des écrivains et lecteurs d’Ubud sur invitation.
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