Kerry-Lynne Findlay a été élue chef du Parti conservateur de la Colombie-Britannique samedi dernier, l’emportant face à Caroline Elliott par une marge infime de 60 voix. Cette victoire marque un virage idéologique vers un conservatisme social marqué, déclenchant des critiques immédiates du Premier ministre David Eby, qui a comparé son profil à celui d’une gestionnaire régionale du mouvement MAGA.
Un scrutin décidé à 60 voix près
L’élection à la tête des conservateurs de la Colombie-Britannique s’est jouée sur un fil. Selon les données publiées par le Vancouver Sun, Kerry-Lynne Findlay a récolté 10 907 voix contre 10 847 pour sa principale rivale, Caroline Elliott. Sur un total de près de 22 000 votes exprimés, l’écart se traduit par un score serré de 50,1 % pour la gagnante contre 49,9 % pour la dauphine.
Ce résultat reflète une fracture profonde au sein du parti. D’un côté, Caroline Elliott, universitaire de 39 ans, incarnait une version plus moderne et progressive du conservatisme. De l’autre, Findlay, ancienne ministre sous Stephen Harper et âgée de 71 ans, a su mobiliser l’aile droite et idéologique des membres. Le processus d’élimination a été brutal pour les candidats plus modérés ; The Tyee rapporte que le député Peter Milobar a été évincé dès le premier tour de scrutin.
Le spectre du « MAGA Nord » et la réaction de David Eby
L’arrivée de Kerry-Lynne Findlay à la tête du parti a immédiatement provoqué une réaction cinglante du Premier ministre David Eby. Interrogé sur la stratégie de la nouvelle chef, Eby n’a pas mâché ses mots, affirmant que le poste pour lequel elle postule ressemble davantage à celui d’une « gestionnaire régionale du MAGA qu’à celui de premier ministre de la Colombie-Britannique », comme le rapporte Global News.

Pour moi, on dirait qu’elle se concentre sur la division des gens, y compris son propre caucus. Nous savons que nous avons encore du travail à faire, mais nous savons aussi très clairement ce que les conservateurs feraient, c’est-à-dire nous ramener aux mauvais vieux jours, et la Colombie-Britannique ne peut tout simplement pas se le permettre.
David Eby, Premier ministre de la Colombie-Britannique
L’attaque d’Eby cible directement l’alignement perçu de Findlay avec le mouvement « Make America Great Again » de Donald Trump. Pour la nouvelle chef, ces accusations sont « ridicules ». Elle a rétorqué que ce sont ses détracteurs qui sont les « extrémistes » et les « idéologues », préférant investir l’argent des contribuables dans l’idéologie plutôt que dans la prospérité des citoyens.
La foi et la famille comme piliers politiques
Le discours de victoire de Findlay a confirmé ce virage vers un conservatisme social assumé. S’adressant à ses partisans, elle a invoqué des thèmes religieux et traditionnels, une approche qui, selon The Globe and Mail, rappelle les rhétoriques des Républicains du Texas ou de la Première ministre de l’Alberta, Danielle Smith.
Dans notre hymne national, nous crions à Dieu de rendre notre terre glorieuse et libre. La foi, la famille et la liberté. C’est là tout l’enjeu. Que Dieu bénisse la Colombie-Britannique et qu’Il vous bénisse tous.
Kerry-Lynne Findlay, Chef du Parti conservateur de la C.-B.
Ce positionnement est un pari risqué. Historiquement, la politique en Colombie-Britannique est une bataille pour le centre. Le Parti NDP a longtemps possédé un noyau dur de 30 à 35 % d’électeurs, mais a dû séduire les centristes pour gouverner. En s’éloignant du centre pour embrasser un conservatisme social plus rigide, Findlay pourrait involontairement faciliter la tâche du NDP en alienant les électeurs modérés.
La guerre culturelle des reconnaissances de terres
Au-delà de la religion, la campagne de leadership a été marquée par des tensions sur les symboles de la réconciliation. Alors que l’événement de victoire de Findlay a débuté par une reconnaissance solennelle des territoires non cédés des nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh, ce sujet a été un point de friction majeur durant la course.
Caroline Elliott, malgré son image de modérée, avait utilisé ses plateformes pour critiquer ouvertement les reconnaissances de terres. Ce paradoxe souligne la complexité des courants internes du parti : même les candidats dits « progressistes » ont flirté avec la guerre culturelle pour gagner en crédibilité auprès de la base. Findlay, de son côté, a promis de « porter le combat auprès des Colombiens-Britanniques de la base qui en ont assez d’être bousculés », affirmant sa volonté de « reprendre cette province ».
L’enjeu du pouvoir : un risque d’implosion ?
L’histoire politique de la province offre un avertissement sévère. Dans les années 1980, le premier ministre Bill Vander Zalm avait fait du conservatisme social et de la foi le cœur de son programme, pour finalement précipiter la destruction de son propre parti, le Social Credit. En adoptant une ligne similaire, Findlay s’expose au même risque de fragmentation.
Le défi immédiat pour la nouvelle chef sera d’unifier un parti divisé presque exactement en deux. Avec un écart de seulement 0,2 % entre elle et Elliott, Findlay ne peut pas se permettre d’ignorer l’aile modérée si elle souhaite transformer son parti en une alternative viable au gouvernement d’Eby. Pour l’instant, le Premier ministre semble savourer ce basculement vers la droite, y voyant une opportunité de présenter les conservateurs comme des extrémistes incapables de gouverner pour l’ensemble de la population.
