Architecture et biologie des Hexactinellida

Ces écosystèmes sont composés d’éponges de la classe des Hexactinellida. Contrairement aux éponges communes, celles-ci construisent un squelette complexe à partir de silice, le composant principal du verre. Ces structures s’élèvent sur le fond marin, créant des environnements tridimensionnels qui servent de refuge et de zone de reproduction pour diverses espèces de poissons et de crustacés.
L’analyse des prélèvements montre que ces éponges filtrent d’énormes volumes d’eau pour extraire les particules organiques. Ce processus permet de maintenir la clarté de l’eau et de recycler les nutriments dans des zones où la lumière solaire est totalement absente. Ces “jardins” se développent dans des conditions de froid extrême et de pression élevée, utilisant des courants marins profonds pour s’alimenter.
Séquestration du carbone dans les profondeurs australes

Les forêts d’éponges verreuses participent activement à la pompe biologique de carbone. Elles capturent le carbone organique dissous dans l’eau et le fixent dans le sédiment marin sous forme de matière organique stable.
Selon les données recueillies par des institutions comme le British Antarctic Survey, ce mécanisme de séquestration est plus efficace dans les eaux froides de l’Antarctique que dans les zones tempérées. Le carbone ainsi piégé reste stocké dans les profondeurs de l’océan pendant des millénaires, limitant ainsi la quantité de dioxyde de carbone retournant dans l’atmosphère.
Ce processus contraste avec les puits de carbone côtiers, comme les mangroves ou les herbiers marins, qui sont plus vulnérables aux variations immédiates de la température de surface. Les éponges verreuses, protégées par la masse d’eau profonde, offrent un stockage plus stable, bien que plus lent.
Cartographie robotisée des fonds marins
L’identification de ces jardins a été rendue possible par l’utilisation de véhicules sous-marins télécommandés (ROV) et de drones autonomes. Ces engins sont équipés de caméras haute définition et de bras manipulateurs capables de prélever des échantillons sans détruire la structure fragile des éponges.
Le déploiement de sonars à balayage latéral a permis de cartographier l’étendue de ces forêts sur des centaines de kilomètres carrés. Ces outils révèlent que les éponges ne sont pas distribuées uniformément, mais se regroupent dans des zones où les courants apportent un flux constant de nourriture.
wp:quote
La découverte de ces vastes complexes d’éponges modifie notre compréhension de la biodiversité benthique en Antarctique. Ces structures ne sont pas de simples amas d’organismes, mais des ingénieurs d’écosystèmes qui façonnent l’habitat marin profond.
British Antarctic Survey
Vulnérabilité face aux changements climatiques et anthropiques
L’acidification des océans représente la menace principale pour les éponges verreuses. Bien que leur squelette soit en silice et non en carbonate de calcium, les changements chimiques de l’eau affectent les organismes symbiotiques qui vivent à l’intérieur des éponges.
Le réchauffement des courants profonds modifie également la distribution des nutriments. Une augmentation de la température de l’eau pourrait ralentir le métabolisme de ces espèces adaptées au froid extrême, réduisant ainsi leur capacité à filtrer le carbone.
L’activité humaine, notamment la pêche au chalut de fond, pose un risque physique direct. Les filets lourds peuvent raser des forêts d’éponges centenaires en quelques passages, détruisant des structures qui mettent des décennies à croître. Les chercheurs préconisent la création de zones marines protégées pour préserver ces puits de carbone naturels.
L’incertitude demeure quant à l’étendue totale de ces forêts sur l’ensemble du plateau continental antarctique. Les prochaines campagnes océanographiques visent à déterminer si ces jardins sont isolés ou s’ils forment un réseau interconnecté à l’échelle du continent.
Find more reporting in our Technologie et science section.

