Un consortium de plus de 140 entreprises, mené par Visa, Mastercard et Coinbase, a lancé l’Open USD (OUSD), un nouveau stablecoin indexé sur le dollar. Ce projet, baptisé Open Standard, redistribue la majeure partie des revenus d’intérêts des réserves aux participants, menaçant directement le modèle économique de Circle et son jeton USDC.
Le lancement de l’Open USD marque une rupture stratégique dans l’industrie des actifs numériques. Jusqu’ici, les émetteurs de stablecoins captaient l’essentiel des intérêts générés par les réserves de dollars garantissant le jeton. Le modèle d’Open Standard inverse cette logique : après une commission de gestion, la quasi-totalité des revenus est reversée aux entreprises partenaires. Cette approche transforme le stablecoin, d’un produit financier géré par un tiers en un outil d’infrastructure partagé.
Le modèle de partage des revenus d’Open USD
L’attrait principal de l’OUSD réside dans sa structure économique. Selon Technology Org, les entreprises pourront frapper et racheter le jeton sans frais et sans limite de volume. En redistribuant les rendements des réserves, le consortium cible les institutions financières et les plateformes de commerce qui, jusqu’à présent, servaient de distributeurs pour d’autres jetons sans en capter les bénéfices directs.

« Les stablecoins existants présentent de grands atouts, mais pour les utiliser à grande échelle, les entreprises ont besoin d’un outil ouvert, peu coûteux, à haut débit, largement accessible et aligné sur leurs intérêts ».
Zach Abrams, PDG fondateur d’Open Standard
L’ambition est claire : déplacer l’usage des stablecoins du trading de cryptomonnaies vers le règlement réel de marchandises et de services. Pour y parvenir, l’OUSD s’appuie sur un réseau diversifié incluant des banques, des réseaux de cartes de paiement et des entreprises technologiques, orchestrés par une société indépendante dont le conseil d’administration est composé de firmes partenaires.
La fragilisation du modèle de Circle
Pour Circle Internet Group, l’arrivée de l’OUSD crée une pression immédiate sur sa capacité à maintenir ses marges. L’USDC est le pivot central de l’activité de Circle, et toute alternative ajustant la répartition des revenus des réserves réduit l’attractivité du jeton pour les distributeurs institutionnels. Yahoo Finance rapporte que l’action de Circle a chuté de 17 % suite à l’annonce de ce nouveau concurrent.

Le risque est d’autant plus tangible que le plus important distributeur de l’USDC fait partie du groupe OUSD. Ce basculement de loyauté souligne la volatilité des alliances dans le secteur. Le PDG de Circle a d’ailleurs publiquement exprimé des doutes sur l’approche de gouvernance par consortium adoptée par l’OUSD, évoquant des difficultés rencontrées par son entreprise avec des structures similaires par le passé.
L’enjeu pour Circle ne concerne pas seulement le volume de transactions, mais son pouvoir de négociation. Si les banques et les firmes de paiement peuvent désormais accéder à un jeton qui leur reverse les intérêts, Circle pourrait être contraint de revoir ses propres coûts de distribution ou de réduire ses marges pour rester compétitif.
L’impact du GENIUS Act et le contexte politique
Ce déploiement s’inscrit dans un environnement réglementaire stabilisé. L’année dernière, le président Trump a signé le GENIUS Act, instaurant un cadre fédéral pour les stablecoins. Cette loi impose des règles strictes pour protéger les utilisateurs et le système financier :
- Obligation pour les émetteurs de maintenir un ratio de réserves de un pour un.
- Application de règles strictes de lutte contre le blanchiment d’argent.
- Mise en place de protections pour les consommateurs en cas de faillite de l’émetteur.
L’administration actuelle affiche une proximité marquée avec le secteur. David Sacks, ancien cadre de PayPal, a occupé le poste de « Czar de l’IA et des cryptos » à la Maison Blanche en 2024 avant de quitter ses fonctions en mars 2026 pour rejoindre le conseil consultatif scientifique et technologique du président.
Une stabilité relative face au chaos du marché
Alors que les stablecoins comme l’OUSD et l’USDC cherchent à devenir des monnaies quotidiennes, le reste du marché des actifs numériques traverse une zone de fortes turbulences. Le Bitcoin a enregistré une baisse de près de 50 % au cours de l’année écoulée, illustrant la volatilité extrême des cryptomonnaies non indexées.
Paradoxalement, certains acteurs politiques ont profité de cet écosystème. Le président a notamment gagné plus de 1,4 milliard de dollars via les cryptomonnaies durant sa première année de retour au pouvoir, principalement en les émettant pour ses partisans. Des rapports indiquent qu’il « tire désormais la majeure partie de ses revenus d’actifs numériques ayant bénéficié de ses politiques ».
La course pour instaurer un dollar numérique utilisable à l’échelle industrielle ne fait que commencer. L’OUSD ne concurrence pas seulement Circle, mais s’insère dans une lutte plus large où PayPal, avec son propre stablecoin lancé en 2023, tente également de s’imposer. Pour les entreprises, le choix du fournisseur de règlement stablecoin devient désormais un critère déterminant dans la sélection de leurs prestataires de services de paiement.
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