Publié le 26 octobre 2025 04:31:00. L’Espagne et le Portugal disposent d’atouts considérables pour mener la transition énergétique en Europe, grâce à un accès privilégié aux énergies renouvelables et à une main-d’œuvre qualifiée. Un événement organisé à Madrid a mis en lumière les opportunités et les défis de cette dynamique.
- L’Espagne et le Portugal bénéficient d’un avantage compétitif de 20 à 30 % dans le domaine des énergies propres par rapport à la moyenne européenne.
- La Chine a triplé son poids industriel, créant une pression sur les coûts énergétiques européens, deux à trois fois plus élevés qu’en Chine et aux États-Unis.
- Un nouveau cadre réglementaire est en préparation pour promouvoir la transition écologique, l’approvisionnement énergétique et l’innovation en Espagne.
Madrid a accueilli mercredi dernier un événement organisé par McKinsey & Company en collaboration avec El País, intitulé « Step up Now », consacré à l’Initiative ibérique pour l’industrie et la transition énergétique (IETI). Animée par Aida Bao, journaliste à Cadena SER, cette rencontre a rassemblé des dirigeants du secteur énergétique et industriel pour discuter de la compétitivité et de la transition énergétique dans la péninsule ibérique.
Maria João Ribeirinho, associée principale chez McKinsey, a présenté un scénario alarmant pour l’Europe, soulignant la montée en puissance de la Chine.
« La Chine a multiplié par trois son poids industriel »
Maria João Ribeirinho, associée principale chez McKinsey
Elle a également mis en évidence le différentiel de coûts énergétiques :
« Les prix de l’énergie en Europe sont deux à trois fois plus élevés qu’en Chine et aux Etats-Unis »
Maria João Ribeirinho, associée principale chez McKinsey
Face à ce constat, l’IETI se positionne comme une « plateforme, non seulement de dialogue, mais aussi d’action », selon les termes de Mme Ribeirinho.
Teresa Parejo, directrice générale de la stratégie industrielle et des PME au ministère de l’Industrie et du Tourisme, a insisté sur les atouts de l’Espagne et du Portugal : une énergie propre abondante, une stabilité institutionnelle et une main-d’œuvre qualifiée. Elle a annoncé un nouveau cadre réglementaire axé sur trois priorités pour 2030 : placer la transition écologique au cœur de la production, assurer l’approvisionnement énergétique sans céder au protectionnisme, et stimuler l’innovation, la productivité et l’investissement. Elle a souligné la nécessité de surmonter des défis structurels tels que les coûts énergétiques, la dépendance technologique et l’attraction d’investissements productifs.
La collaboration public-privé a été au cœur des discussions, modérées par Juan Antonio Bahillo, associé chez McKinsey, avec la participation de Juan Lladó, PDG de Técnicas Reunidas, Begoña Villacís, directrice exécutive d’Espagne DC, et Francisco J. Riberas, président de Gestamp. M. Riberas a plaidé pour une approche pragmatique :
« Nous devons être convaincus que l’industrie est quelque chose de bon, qu’elle génère de la richesse »
Francisco J. Riberas, président de Gestamp
Il a appelé à un plan ambitieux, soutenu par des mesures incitatives et un financement adéquat, pour permettre à l’industrie de rivaliser sur la scène internationale. Les tensions entre les ambitions climatiques de l’Union européenne et les pressions exercées par la Chine et les États-Unis ont également été évoquées.
Juan Lladó a souligné la nécessité de définir clairement les secteurs industriels prioritaires pour l’Espagne et le Portugal :
« Nous devons d’abord décider ce que [tipo de industria] nous voulons avoir »
Juan Lladó, PDG de Técnicas Reunidas
Il a également plaidé pour une approche flexible en matière de décarbonation, en utilisant les technologies disponibles pour réduire les émissions sans compromettre la compétitivité.
Begoña Villacís a mis en avant l’importance des infrastructures numériques, notamment les centres de données, tout en soulignant leur forte consommation d’eau et d’électricité. Elle a préconisé une transition énergétique équilibrée, intégrant d’autres sources d’énergie verte comme l’hydrogène et le biométhane, et reposant sur un consensus politique et une réglementation stable. La consommation énergétique des centres de données est un sujet de préoccupation croissant.
Josu Jon Imaz, PDG de Repsol, a appelé à une approche réaliste de la décarbonation, en soulignant que l’objectif ultime est le développement économique et la création d’emplois.
« La décarbonisation n’est pas l’objectif, mais un objectif »
Josu Jon Imaz, PDG de Repsol
Il a suggéré de privilégier les technologies qui permettent de concilier décarbonation et croissance économique. Le coût du capital est un facteur déterminant dans la transition énergétique.
Miguel Stilwell, PDG d’EDP, a souligné la nécessité d’investir dans le réseau électrique pour répondre à la demande croissante, notamment des centres de données. Il a insisté sur l’importance d’assurer la rentabilité de ces investissements pour attirer les capitaux étrangers. La saturation des réseaux électriques en Espagne est un défi majeur.
Maarten Wetselaar, PDG de Moeve, a mis en avant le potentiel des molécules renouvelables, telles que le biogaz, pour décarboner les secteurs industriels difficiles à électrifier. Il a appelé à un soutien accru et à une accélération des programmes européens pour développer ce marché. L’économie circulaire et le biogaz sont des pistes prometteuses.
António Leitão Amaro, ministre de la Présidence du Portugal, a conclu l’événement en soulignant les atouts de son pays : une production renouvelable abondante, des réserves de lithium importantes, une main-d’œuvre qualifiée et une situation géographique stratégique. Il a également insisté sur la stabilité politique, économique et juridique du Portugal, qui en fait un lieu attractif pour les investissements. Il a réaffirmé l’engagement de son gouvernement en faveur de la durabilité européenne, tout en soulignant la nécessité d’une approche pragmatique qui ne mette pas en péril la compétitivité des entreprises. Le Portugal, leader de la décarbonation en Europe du Sud, entend jouer un rôle clé dans la transition énergétique.
Le ministre a également prévenu que son gouvernement rejetterait toute stratégie de décarbonation qui compromettrait la viabilité des entreprises, et qu’il privilégierait une approche axée sur le développement des services numériques et de l’intelligence artificielle.
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