L’alliance stratégique avec Vast Space

L’annonce a été faite à l’issue de la 9e édition du sommet Choose France. Pour la première fois, la France s’allie directement avec un acteur privé du secteur spatial, s’éloignant du modèle strictement institutionnel pour embrasser l’agilité du secteur commercial. Selon un partenariat inédit rapporté par Le Figaro, Vast Space a choisi de s’appuyer sur l’expertise technique et scientifique du Centre national d’études spatiales (Cnes) ainsi que sur l’industrie spatiale française.
Vast Space, fondée en 2021 par le milliardaire du bitcoin Jed McCaleb, ne se contente pas de louer des sièges pour des astronautes. Elle intègre la France comme partenaire privilégié dans le développement de ses infrastructures orbitales.
Cette mutation est profonde. Le Cnes ne se contente plus d’être un contributeur aux programmes de l’Agence spatiale européenne (ESA) ou de la NASA ; il devient un acteur central des stations spatiales commerciales de demain.
Le déploiement de Haven-1 et l’objectif 2027

Le partenariat s’articule autour de deux axes temporels et technologiques distincts. Le premier concerne Haven-1, la première station spatiale privée développée par la start-up, dont les tests sont prévus dès l’année prochaine. Cette station sera la première du genre à orbiter autour de la Terre, ouvrant la voie à une industrialisation de l’espace bas.
Le second volet est une mission privée vers la Station spatiale internationale (ISS), programmée pour la mi-2027. Le transport sera assuré par des capsules SpaceX. Pour cette expédition, Thomas Pesquet assumera le rôle de commandant, accompagné de son confrère Arnaud Prost.
L’enjeu est clair : sécuriser une présence française continue dans l’espace alors que la transition vers des stations commerciales devient inévitable. En s’assurant un rôle de premier plan dans Haven-1, la France évite toute dépendance exclusive envers un seul fournisseur ou une seule agence gouvernementale.
L’héritage et la philosophie de la mission Proxima
Ce nouveau chapitre s’inscrit dans une continuité historique. Thomas Pesquet, qui a déjà marqué les esprits lors de ses précédentes missions, a toujours insisté sur l’importance de l’inspiration publique. Lors de l’annonce de sa mission Proxima via l’ESA, le nom avait été choisi parmi 1 300 propositions pour refléter la proximité entre l’espace et la Terre.
« Proxima est l’étoile la plus proche de notre Soleil et est la destination première la plus logique pour un voyage au-delà de notre système solaire. Proxima fait également référence à la manière dont les vols habités sont proches des gens sur Terre. »
Samuel Planas, 13 ans, auteur du nom de mission
Pour Pesquet, cette approche n’est pas qu’une question de marketing, mais une volonté d’inclusion.
« Je suis vraiment satisfait de ce nom de mission et du logo. Il coche toutes les cases que j’avais en tête en poursuivant la tradition de nommage des astronautes français et en reconnaissant l’héritage des vols habités jusqu’à présent, tout en étant tourné vers l’avenir et futuriste. »
Thomas Pesquet, astronaute
En tant que 10e astronaute français à s’être envolé dans l’espace, Pesquet incarne ce pont entre la tradition — le respect des constellations et des étoiles — et la modernité radicale représentée par Vast Space.
Une mutation du modèle spatial français

L’entrée de la France dans l’écosystème du New Space via Vast Space redéfinit les rapports de force. Historiquement, l’accès à l’espace pour les Européens passait par des accords complexes et lourds entre agences nationales et l’ESA. Ici, la rapidité d’exécution d’une start-up californienne rencontre la rigueur scientifique du Cnes.
Les bénéfices sont mutuels :
L’avenir immédiat se jouera sur la capacité de Haven-1 à devenir opérationnelle l’année prochaine. Si les tests réussissent, la mission de 2027 vers l’ISS ne sera qu’une étape transitoire vers une présence française permanente sur des stations privées.
L’enjeu n’est plus seulement d’explorer, mais d’habiter et d’opérer. En plaçant Thomas Pesquet aux commandes de ces projets, la France mise sur une figure de confiance pour piloter sa transition vers l’économie orbitale.