La Commission des affaires sociales a évalué, le 20 mai 2026, les résultats de la troisième campagne nationale de vaccination gratuite contre le papillomavirus humain (HPV) pour les élèves de cinquième. La France accuse un retard critique face à ses voisins européens, peinant à atteindre l’objectif de 80 % de couverture vaccinale fixé pour 2030.
Un retard européen préoccupant et un objectif 2030 sous tension
Le constat est sans appel. Selon un rapport du député Michel Lauzzana relayé par Radio France, la France se classe dernière en Europe pour la vaccination contre le HPV. Alors que l’Espagne, le Portugal et le Royaume-Uni affichent des taux de couverture compris entre 75 % et 80 %, la France stagne. Actuellement, seule une fille sur deux de plus de 12 ans dispose d’un schéma vaccinal complet à deux doses, tandis que ce chiffre chute à 32 % pour les garçons.
L’État s’est fixé un cap ambitieux : 80 % de jeunes vaccinés d’ici 2030. Cependant, les données actuelles montrent une progression lente. La couverture vaccinale atteint 58 % pour une dose à 15 ans et seulement 48 % pour deux doses à 16 ans. Ce déficit de protection expose une partie importante de la jeunesse à un virus dont la prévalence est massive : l’Organisation mondiale de la santé estime que près de 80 % des individus sexuellement actifs seront exposés aux HPV au cours de leur vie.
« La vaccination du collège pourrait être meilleure, mais elle s’améliore d’année en année. Surtout, elle a déclenché beaucoup de vaccinations qui se font dans le milieu de la ville parce que les gens ont confiance en leur médecin. »
Michel Lauzzana, député
L’urgence médicale : au-delà du cancer du col de l’utérus
L’idée reçue selon laquelle le HPV ne concernerait que les femmes est l’un des principaux freins à la vaccination masculine. Pourtant, les chiffres sont alarmants pour les deux sexes. Si l’on dénombre un peu plus de 3 000 cancers du col de l’utérus par an en France, les hommes sont massivement touchés par d’autres pathologies induites par le virus. Comme le souligne VIH.org, les hommes développent environ 1 300 cancers de la gorge (sphère ORL) par an, contre 400 cas pour les femmes.

Le risque s’étend également aux cancers anaux et génitaux. On recense environ 400 cancers de l’anus par an chez l’homme et 1 100 chez la femme, ainsi que 100 cas de cancers du pénis annuellement. Au total, Santé publique France estime que 7 300 nouveaux cas de cancers liés au papillomavirus sont diagnostiqués chaque année sur le territoire.
L’Australie sert ici de modèle mondial. En vaccinant plus de 80 % de ses filles et garçons depuis près de vingt ans, le pays prévoit la quasi-disparition du cancer du col de l’utérus d’ici 2035. L’efficacité est prouvée : la vaccination réduit de plus de 80 % les lésions précancéreuses et cancéreuses, particulièrement sur le col de l’utérus.
Wallis-et-Futuna : un foyer de vulnérabilité critique
Si la situation nationale est préoccupante, elle est dramatique dans certains territoires d’outre-mer. À Wallis-et-Futuna, l’incidence du cancer du col de l’utérus est estimée à 5,5 fois celle observée en métropole. Entre 2020 et 2024, 218 cancers ont été recensés sur le territoire, dont 57 % concernaient des femmes. Les cancers gynécologiques représentent à eux seuls près de la moitié des cas.
Pour contrer cette tendance, l’Agence de santé de Wallis-et-Futuna, en collaboration avec le vice-rectorat, a intensifié ses efforts. Selon Outre-mer La 1ère, une campagne de sensibilisation et de vaccination cible prioritairement les élèves de 5e et de 4e depuis 2023. L’enjeu est double : augmenter la couverture vaccinale immédiate et réduire drastiquement le nombre de cancers à long terme dans une région où l’adhésion aux campagnes de prévention reste difficile.
Obstacles institutionnels et poids des tabous sociaux
Le déploiement de la vaccination gratuite en milieu scolaire se heurte à des réalités structurelles. L’enseignement privé constitue un point aveugle majeur. En raison de la nature de leurs contrats, les établissements privés ne peuvent être contraints sur le plan sanitaire de suivre les protocoles de vaccination. Pour pallier ce manque, le gouvernement envisage désormais une approche plus proactive.

« Il va y avoir une démarche volontariste de la part de l’Éducation nationale en direction de l’enseignement privé »
Michel Lauzzana, député
Au-delà des contrats, le poids des tabous persiste. L’Opinion Indépendante rappelle que dès 2008, la vaccination était souvent perçue comme un aveu d’activité sexuelle précoce. À l’époque, certains parents réagissaient à la prescription du vaccin par des sermons sur la vertu ou des interdictions de sortie, poussant certaines adolescentes à jeter leurs doses à la poubelle pour éviter le conflit familial.
Aujourd’hui, bien que la gratuité soit instaurée pour les élèves de cinquième, le défi reste culturel. Le député Lauzzana suggère d’ailleurs la possibilité d’une obligation vaccinale si la couverture stagne autour de 60 % dans les prochaines années. En attendant, la coordination entre l’Agence Régionale de la Santé (ARS) et l’Éducation nationale, comme observé en Occitanie pour la campagne 2025-2026, semble être la voie privilégiée pour briser ces résistances.
Note : Cet article est fourni à titre informatif. Pour toute question concernant la vaccination ou le dépistage du HPV, veuillez consulter un professionnel de santé qualifié.
