L’annonce d’un possible quatrième volet de Rush Hour, apparemment validé par l’ancien président Donald Trump, suscite une onde de choc à Hollywood, oscillant entre incrédulité et indignation. Cette décision, perçue comme un acte de soumission de la nouvelle direction de Paramount, soulève également des questions sur la réhabilitation de figures controversées dans l’industrie du divertissement.
L’accord, concernant un projet longtemps abandonné et une franchise d’action-comédie mettant en vedette des acteurs vieillissants, met en lumière, selon certains observateurs, la loyauté affichée par Larry et David Ellison, les nouveaux propriétaires de Paramount, alors qu’ils tentent de prendre le contrôle de TikTok et de Warner Bros. Discovery. Il intervient également après que Brett Ratner, le réalisateur de la série Rush Hour, dont la réputation a été entachée par des accusations de comportement sexuel inapproprié, a travaillé sur un documentaire consacré à Melania Trump. Ce projet a été acquis pour 40 millions de dollars (environ 37 millions d’euros) par Amazon Prime, suite à l’élection de Trump en 2023.
Certains estiment qu’Hollywood devrait accepter cette nouvelle réalité, voire l’accueillir avec enthousiasme. L’idée est de courtiser ouvertement les dirigeants qui se montrent favorables à Trump, tels que Tim Cook d’Apple et la famille Murdoch, qui conservent des actifs importants dans l’industrie, notamment le studio Century City et la plateforme de streaming Tubi. Il serait même suggéré de leur offrir des contrats exclusifs et des bureaux de prestige.
L’argument avancé est pragmatique : privilégier les intérêts économiques et nationaux. Bien que critiquable, cette collaboration avec un ancien président controversé serait, selon certains, moins préjudiciable que ses activités présumées dans le domaine des cryptomonnaies et du développement immobilier au Moyen-Orient. Si le public n’apprécie pas les œuvres produites, il se contentera de ne pas les regarder. Pour les magnats alignés sur le pouvoir en place, même les échecs peuvent être considérés comme des actes de dévotion.
Donald Trump a toujours manifesté un intérêt marqué pour le monde du divertissement. Il avait envisagé de fréquenter l’école de cinéma de l’USC et a failli devenir propriétaire d’un studio en Floride au début des années 2010. Dans son livre, The Art of the Deal, il déclarait : « J’étais attiré par le glamour du cinéma, et j’admirais des hommes comme Sam Goldwyn, Darryl Zanuck et surtout Louis B. Mayer. » Plus tard, dans une interview accordée à Playboy, il ajoutait qu’il aurait préféré diriger MGM dans les années 1930 et 1940, avant l’avènement de la télévision.
Son approche de la présidence était, selon certains, comparable à celle d’un producteur. Un critère essentiel lors de la nomination à des postes de premier plan était l’apparence physique, ou, selon ses propres termes, le fait de correspondre à un « casting central ». Il a également marqué son mandat par des mises en scène spectaculaires : la rénovation dorée du bureau ovale, les signatures de décrets exécutifs présentées comme des tableaux vivants, la parade militaire prévue pour son anniversaire et la proposition d’un monument néoclassique, surnommé « Arc de Trump », près du cimetière national d’Arlington.
Dans cette optique, l’industrie du divertissement pourrait servir de soupape à l’ancien président. On pourrait le distraire avec un projet de reboot de Rambo, confié à Sylvester Stallone, son « ambassadeur » à Hollywood. Cela pourrait même l’inciter à reconsidérer les incitations à la production nationale. Passionné par le film Bloodsport, il pourrait être séduit par l’idée d’un remake plutôt que par des conflits réels, comme ceux qui sévissent au Venezuela.
Trump possède déjà une société de production, qu’il avait utilisée pour ses projets de télé-réalité avant son ascension politique. Il pourrait la réactiver et développer une programmation variée, s’appuyant sur son propre vocabulaire et ses slogans. On pourrait imaginer une version de l’émission virale Ridiculousness, filtrée par l’idéologie MAGA et intitulée Covfefe ; une anthologie d’histoires révisionnistes de droite, intitulée Witch Hunt ; ou une émission satirique conservatrice, provisoirement intitulée Fake News ; voire une série policière sombre, avec un message pro-police, sous le titre American Carnage.
Mais ce qui semblerait le plus captiver Trump serait la création d’une biographie romancée de sa propre vie, une saga familiale tentaculaire. Il est peu probable que cette œuvre atteigne le niveau de Le Guépard de Visconti, ou même des productions originales de Netflix. Mais cela importe peu : le tiers de l’électorat qui croit à tout ce qu’il dit se mobilisera sans aucun doute pour regarder, écouter et diffuser ce récit.
D’Home Alone 2 à The Apprentice, Hollywood a contribué à forger le mythe et le prestige qui ont permis à l’Amérique de s’enthousiasmer pour Trump. Depuis une décennie, l’industrie tente de se distancer de lui, sans succès. Peut-être est-il temps de l’étreindre.
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