Publié le 4 novembre 2025 18h37. Google ambitionne de déporter une partie de la puissance de calcul de l’intelligence artificielle dans l’espace, en exploitant l’énergie solaire pour alimenter des centres de données orbitaux, une initiative potentiellement révolutionnaire pour l’industrie technologique et la consommation énergétique.
- Google lance le projet Suncatcher, visant à installer des puces d’IA (TPU) dans des constellations de satellites solaires.
- Le premier test, prévu début 2027, impliquera le lancement de deux prototypes en collaboration avec Planet.
- L’énergie solaire en orbite terrestre basse est beaucoup plus abondante et constante que sur Terre, réduisant la dépendance aux batteries et l’impact environnemental.
Le géant de la technologie Google franchit une nouvelle étape dans son exploration de solutions innovantes avec le projet Suncatcher. Cette initiative audacieuse vise à transférer une partie des opérations de calcul intensif de l’intelligence artificielle vers l’espace, en utilisant l’énergie solaire comme source d’alimentation principale. L’objectif est de répondre à la demande croissante en puissance de calcul pour l’IA tout en minimisant l’empreinte environnementale de cette technologie.
Selon Google, l’énergie solaire disponible en orbite terrestre basse est considérablement plus importante et stable qu’au sol. Sur certaines orbites, les panneaux solaires peuvent produire jusqu’à huit fois plus d’énergie qu’ils ne le feraient sur Terre, permettant ainsi d’alimenter des centres de données spatiaux de manière quasi-continue et de réduire la nécessité de recourir à des batteries volumineuses.
Le projet Suncatcher s’appuie sur des constellations de satellites compacts, chacun équipé de puces TPU (Tensor Processing Unit) – les processeurs spécialisés de Google pour l’IA – et de panneaux solaires. Ces satellites opéreront sur une orbite terrestre basse héliosynchrone, à l’aube et au crépuscule, afin de maximiser l’exposition à la lumière solaire.
Pour atteindre des performances comparables à celles des centres de données terrestres, ces satellites devront être interconnectés par des liaisons optiques à haut débit, capables de supporter des débits de données de plusieurs téraoctets par seconde (des dizaines de téraoctets par seconde). Google précise que cela nécessitera des formations de satellites très compactes, à quelques centaines de mètres les uns des autres, un défi technique majeur dans le domaine spatial.
L’entreprise a déjà validé la faisabilité de ces liaisons optiques en laboratoire, en réalisant des transmissions bidirectionnelles de 1,6 téraoctets par seconde avec une seule paire d’émetteurs-récepteurs. Le contrôle de ces formations nécessitera des modèles avancés de dynamique orbitale, capables de compenser les effets de la gravité terrestre et d’autres facteurs tels que la résistance atmosphérique.
Concernant la résistance des puces TPU aux radiations spatiales, Google a mené des tests avec son modèle Trillium (v6e) dans des accélérateurs de particules, obtenant des résultats encourageants. “Les sous-systèmes de mémoire à grande vitesse (HBM) étaient les plus sensibles, mais n’ont commencé à montrer des irrégularités qu’après une dose cumulée de 2 krad(Si), soit près de trois fois la dose attendue pour une mission de cinq ans. Aucune défaillance grave n’a été détectée jusqu’à la dose maximale testée de 15 krad(Si), ce qui indique que les TPU Trillium sont étonnamment résistants aux radiations pour les applications spatiales”, a précisé l’entreprise.
Sundar Pichai, PDG de Google, a déclaré :
« Nos TPU se dirigent vers l’espace. Inspirés par notre histoire de paris ambitieux, de l’informatique quantique à la conduite autonome, le projet Suncatcher explore la manière dont nous pourrions construire des systèmes informatiques d’IA évolutifs dans l’espace, en exploitant davantage l’énergie du Soleil. »
Le projet Suncatcher s’inscrit dans la continuité des investissements de Google dans des technologies de rupture. L’entreprise rappelle que l’énergie émise par le soleil est plus de 100 milliards de fois supérieure à la production électrique totale de l’humanité. Si le projet aboutit, il pourrait transformer la conception des centres de données, réduire la pression sur les ressources terrestres et accélérer la transition vers une économie numérique plus durable.
La prochaine étape du projet Suncatcher consiste en le lancement de deux prototypes de satellites début 2027, en collaboration avec Planet. Cette mission expérimentale permettra de tester le fonctionnement des modèles d’IA et du matériel TPU dans des conditions orbitales réelles, ainsi que de valider l’utilisation de liaisons optiques entre satellites pour des tâches de calcul distribuées.
Google reconnaît que de nombreux défis techniques restent à surmonter, notamment la gestion thermique des puces dans le vide spatial, le développement de communications optiques à haute capacité avec les stations au sol et la garantie de la fiabilité et de la réparabilité des systèmes en orbite. L’entreprise souligne également que le coût du lancement reste un obstacle majeur, mais estime que si la tendance à la baisse des prix se maintient, le coût du placement de fret en orbite basse pourrait descendre en dessous de 200 USD par kilogramme d’ici le milieu des années 2030.
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