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Govt spokesperson calls former Botswana President a “washed-up has-been” for criticising controversial CAB3

by Nicolas Lefèvre
Le clash entre Ndavaningi Mangwana et Ian Khama

Le gouvernement du Zimbabwe a vivement réagi le 26 juin 2026 aux critiques de l’ancien président botswanais Ian Khama, qualifiant ce dernier de « has-been » après que celui-ci a dénoncé la volonté d’Emmerson Mnangagwa de prolonger son mandat jusqu’en 2030 via l’amendement constitutionnel CAB3.

Le bras de fer diplomatique masque une réalité institutionnelle brutale. Le 18 juin, l’Assemblée nationale a validé le projet de loi d’amendement de la Constitution (n° 3), connu sous le nom de CAB3, par un vote écrasant de 216 voix contre 42. Ce score dépasse largement la majorité des deux tiers requise, soit 187 voix, pour modifier la loi fondamentale. L’enjeu est simple : le mandat présidentiel passe de cinq à sept ans. Cette modification permettrait à Emmerson Mnangagwa, 83 ans, de rester au pouvoir jusqu’en 2030, soit deux ans après la fin normale de son mandat actuel. Selon zimlive.com, le texte prévoit également que le président soit élu par le parlement plutôt que par un vote populaire direct.

Le clash entre Ndavaningi Mangwana et Ian Khama

L’escalade verbale a atteint un sommet lorsque le porte-parole du gouvernement, Ndavaningi Mangwana, a balayé les avertissements d’Ian Khama. L’ancien président du Botswana, qui a dirigé son pays entre 2008 et 2018, avait utilisé Facebook pour qualifier Emmerson Mnangagwa de « assoiffé de pouvoir ».

“Qui se soucie vraiment des opinions d’un has-been fini cherchant à redevenir pertinent comme remède à une solitude auto-infligée ?”

Le clash entre Ndavaningi Mangwana et Ian Khama
Ndavaningi Mangwana, porte-parole du gouvernement Ian Khama a comparé la situation actuelle du Zimbabwe à l’ère du dirigeant rhodesien Ian Smith, affirmant que seuls les noms du pays et des dirigeants avaient changé, tandis que les méthodes d’oppression persistaient. Il a placé le Zimbabwe dans une liste de dirigeants africains s’accrochant au pouvoir, citant Paul Biya au Cameroun (43 ans de pouvoir), Yoweri Museveni en Ouganda (40 ans) et Paul Kagame au Rwanda (26 ans). Pour Khama, le processus est entaché de fraudes et d’incitations financières. De leur côté, les partisans du Zanu PF soutiennent que cette extension garantit la stabilité, réduit les coûts électoraux et permet une planification économique à plus long terme.

L’alerte de Bernard Manyenyeni sur le « RGM 2.0 »

L’opposition ne vient pas seulement de l’étranger. L’ancien maire de Harare, Bernard Manyenyeni, a exhorté le président à rejeter CAB3 pour agir en homme d’État plutôt que de s’engager dans une « capture de l’État ». Dans une déclaration relayée par ZimEye, Manyenyeni admet avoir été dupé par le passé concernant les promesses de non-extension du mandat du président.

“En l’état actuel, ce qui a été élaboré est une présidence à vie et/ou une dynastie familiale – nous sommes essentiellement dans le RGM 2.0 – il a appris du maître.”

L'alerte de Bernard Manyenyeni sur le « RGM 2.0 »
Photo: zimlive.com
Former Botswana President Khama calls Suluhu’s presidency illegitimate.
Bernard Manyenyeni, ancien maire de Harare Le terme « RGM 2.0 » fait explicitement référence à l’ancien président Robert Mugabe, suggérant que Mnangagwa reproduit le modèle d’autocratie durable de son prédécesseur. Manyenyeni dresse un portrait sombre des institutions nationales, affirmant que le vote est « mort », que le parlement est composé de « copains » et que la justice est devenue purement « académique ». Pour sortir de cette impasse, l’ancien maire a proposé sept options de sortie de crise pour le président :
  • Ne pas continuer maintenant.
  • Ne pas continuer après 2028.
  • Accepter un référendum.
  • Refuser de signer le CAB3.
  • Appeler à un dialogue authentique.
  • Installer un gouvernement d’union nationale (GNU).
  • Convoquer des élections.
Toutefois, Manyenyeni reste sceptique, concluant que ces gestes de bonne volonté n’ont probablement pas plus de valeur pour le pouvoir actuel que le maintien du contrôle absolu.

L’anatomie d’un « coup d’État constitutionnel »

L’analyse juridique de cette manœuvre suggère que le Zimbabwe ne traverse pas un coup d’État militaire classique, mais ce que NewsDay Zimbabwe décrit comme un « coup d’État constitutionnel ». Contrairement à une prise de pouvoir par les armes, cette méthode n’abolit pas la constitution, mais s’en approprie les mécanismes pour manipuler la légalité. L’essence de ce phénomène réside dans l’utilisation de majorités parlementaires pour atteindre des résultats que l’électorat rejetterait normalement. Ce processus transforme la légalité en une arme contre le constitutionnalisme. L’Union africaine a déjà tranché cette question technique dans sa Charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance. L’article 23(5) définit comme un changement inconstitutionnel de gouvernement :

“Tout amendement ou toute révision de la constitution ou des instruments juridiques qui constituerait une atteinte aux principes du changement démocratique de gouvernement.”

L'anatomie d'un « coup d'État constitutionnel »
Photo: NewsDay Zimbabwe
Charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance Cette définition souligne que la démocratie peut être sapée non seulement par des soldats, mais aussi par des politiciens utilisant des procédures légales pour détruire les principes démocratiques.

Les enjeux et la trajectoire vers 2030

Le passage du CAB3 à travers le Parlement n’est qu’une étape. Le projet de loi doit maintenant être voté par le Sénat avant d’être ratifié. Si le processus aboutit, le Zimbabwe franchira un seuil critique : la transition d’une présidence élective vers un système où le Parlement choisit le chef de l’État, éloignant ainsi le dirigeant de la volonté populaire directe. L’opposition interne, incluant certains vétérans de guerre autrefois alliés du président, accuse Mnangagwa d’un « accaparement du pouvoir ». Cette rupture avec sa base historique, combinée aux pressions internationales et aux critiques de figures comme Ian Khama, place le régime dans une position paradoxale : il dispose d’une majorité légale absolue au Parlement, mais fait face à une crise de légitimité croissante. L’issue des prochains jours dépendra de la capacité du Sénat à suivre la ligne du Zanu PF et de la réaction de l’Union africaine face à l’application de l’article 23(5) de sa charte. Pour les citoyens zimbabwéens, l’enjeu est de savoir si le pays s’engage vers une stabilité planifiée ou vers une dynastie politique verrouillée jusqu’en 2030.

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