Publié le 4 décembre 2023 à 14h30. Une mobilisation étudiante est prévue ce vendredi à Bochum pour dénoncer le recrutement de mineurs par l’armée allemande, une pratique jugée préoccupante par de nombreux acteurs de la société civile.
- En 2023, près de 2 000 jeunes de moins de 18 ans ont rejoint la Bundeswehr à travers l’Allemagne.
- La Rhénanie-du-Nord-Westphalie est le Länder qui fournit le plus grand nombre de recrues mineures.
- Des organisations de défense des droits de l’homme et des syndicats dénoncent une pratique contraire aux normes internationales.
L’augmentation du nombre de mineurs recrutés par la Bundeswehr (l’armée allemande) suscite une vive inquiétude. Selon les chiffres publiés, 1 996 jeunes de moins de 18 ans ont intégré les rangs de l’armée en 2023, dont 424 originaires de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, un chiffre supérieur à celui de tout autre Länder. Cette tendance est critiquée par un large éventail d’organisations, allant de l’Église évangélique d’Allemagne (EKD) à des ONG de défense des droits de l’homme, en passant par des initiatives parentales et des associations éducatives.
L’Union pour l’éducation et la science (GEW) dénonce depuis plusieurs années cette pratique, la jugeant incompatible avec les normes internationales de protection de l’enfance. Elle rappelle que l’Allemagne est en retard par rapport aux recommandations des Nations Unies qui préconisent un âge minimum de 18 ans pour l’engagement militaire. Actuellement, les jeunes peuvent s’inscrire dans la Bundeswehr dès l’âge de 16 ans et demi et commencer leur formation militaire à 17 ans, avec l’accord de leurs parents.
Les détracteurs de ce système soulignent une incohérence : si les jeunes sont protégés contre certains contenus violents dans les médias, ils sont en même temps formés à l’usage de la force militaire, une formation physiquement et psychologiquement éprouvante, et potentiellement dangereuse. Ils estiment qu’il est inapproprié de demander à des adolescents de prendre une décision aussi grave à un âge où ils ne sont pas pleinement conscients de ses implications.
La présence croissante de la Bundeswehr dans les écoles est également source de préoccupation. De nombreux citoyens et électeurs du parti DIE LINKE (La Gauche) craignent que cette militarisation de l’espace public et l’augmentation de la publicité militaire ne conduisent à une banalisation des solutions militaires aux conflits. Ils dénoncent également le fait que des jeunes, souvent issus de milieux socio-économiques défavorisés, soient attirés par des promesses telles que la prise en charge des frais de permis de conduire en échange d’un engagement militaire.
Selon Lars Golfels, représentant de DIE LINKE à Hattingen, il est inacceptable de considérer les intérêts d’un État-nation comme supérieurs à ceux de la population. Il appelle à une transparence totale sur l’étendue de la présence de la Bundeswehr dans les écoles et sur les méthodes de publicité qu’elle utilise.
« Les écoles devraient être des lieux d’éducation, de construction de la paix et de la démocratie – et non des espaces de recrutement. »
Lars Golfels, DIE LINKE, Hattingen
Une manifestation est prévue ce vendredi 5 décembre à 9h devant le Schauspielhaus de Bochum pour protester contre ces pratiques. Les étudiants de Hattingen sont également encouragés à y participer.
Pour plus d’informations sur les grèves scolaires contre le recrutement militaire, vous pouvez consulter cet article du réseau éditorial Allemagne. Un commentaire sur le débat autour du service militaire et de la justice intergénérationnelle est également disponible ici.
À lire aussi
