Une grève nationale de 24 heures organisée par les principaux syndicats de la SNCF ce mercredi 10 juin 2026 va lourdement impacter le trafic ferroviaire français. Les cheminots réclament des hausses de salaire et un moratoire sur l’ouverture à la concurrence, entraînant l’annulation d’un TGV sur trois et d’un Intercités sur deux.
Perturbations massives sur les lignes nationales et régionales
Le trafic ferroviaire subit un coup d’arrêt partiel sur l’ensemble du réseau national. Les prévisions de Orange Actualités indiquent que si les TGV Inoui et les services vers l’Europe sont touchés, les trains de banlieue et régionaux seront les plus durement frappés par ce mouvement social.
En Île-de-France, l’autorité régionale Ile-de-France Mobilités (IDFM) ainsi que Transilien SNCF Voyageurs ont conseillé aux voyageurs de reporter leurs déplacements dans la mesure du possible. Si le RER A semble être la seule ligne de la région parisienne qui ne devrait pas être trop affectée, la situation est critique sur les autres axes.
| Type de service | Impact prévu du trafic |
|---|---|
| TGV (Inoui, Ouigo, Lyria) | 1 TGV sur 3 annulé en moyenne |
| Intercités | 1 train sur 2 annulé |
| Lignes de banlieue J, K, L | 1 train sur 2 en circulation |
| Lignes H, N, P, U, RER C, RER E | 1 train sur 3 en circulation |
Le mouvement a débuté dès mardi soir par des suppressions de services internationaux, notamment un Eurostar vers Londres et un autre vers Bruxelles, ainsi que trois TGV à destination de Saint-Brieuc, Poitiers et Nantes. Sur le réseau régional, une rupture totale de service est à noter entre Juvisy et Melun.
Modalités de remboursement et d’échange des billets
Face à l’ampleur des annulations, les règles de gestion des titres de transport varient selon la nature du trajet. Selon les informations détaillées par BFM, les voyageurs doivent impérativement vérifier l’état de leur circulation dès 17h la veille de leur départ.

Pour les passagers des services à grande vitesse et des Intercités, plusieurs options s’offrent à eux :
- Remboursement intégral : Pour les clients TGV Inoui, Lyria, ICE et Intercités, le remboursement peut être effectué directement sur le compte bancaire si le billet est annulé avant l’heure de départ.
- Échange sans frais : Il est possible d’échanger un billet pour un autre voyage partant avant la date initiale ou jusqu’à sept jours plus tard, à condition de conserver les mêmes gares et la même classe.
- Cas particulier Ouigo : Les clients Ouigo ne recevront pas un remboursement direct mais un bon d’achat recréditable sur leur compte bancaire. Les échanges sont également limités à des trajets opérés par la même compagnie à bas coût.
Pour les trajets en TER, les conditions sont plus restrictives. Les billets peuvent être annulés sans frais uniquement jusqu’à la veille du départ, sauf pour les trains avec réservation ou les tarifs spécifiques. En cas de correspondance manquée avec un TER suite à l’annulation d’un TGV Inoui ou Ouigo, les billets régionaux peuvent être annulés sans frais jusqu’à la veille du voyage.
La bataille contre la concurrence et le modèle des filiales
Au-delà des revendications salariales liées à l’inflation, ce mouvement social cristallise une opposition profonde contre la stratégie de transformation de la SNCF. Les quatre syndicats — CGT-Cheminots, Unsa Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT-Cheminots — exigent un moratoire sur l’ouverture des lignes régionales à la concurrence.
Le cœur du conflit réside dans la politique de filialisation de l’entreprise. Pour répondre aux appels d’offres lancés par les régions, la SNCF crée des entités juridiques distinctes. Même lorsque la SNCF remporte l’appel d’offres, elle opère via une nouvelle structure, ce qui inquiète les représentants du personnel.
« Quand bien même l’appel d’offres serait remporté par la SNCF elle-même, candidate à sa propre succession, comme ce fut le cas en début d’année dans le Poitou-Charentes, l’entreprise crée une nouvelle entité privée, dans laquelle elle transfère ses personnels s’ils veulent bien l’être », explique Julien Delion, conducteur à la SNCF et secrétaire du syndicat CGT-Cheminots de Bayonne.
Cette mutation structurelle fait craindre une dégradation des conditions de travail. Les employés craignent que la dépendance à un accord de branche moins favorable, plutôt qu’à un accord d’entreprise, n’entraîne une réduction des jours de repos et un allongement des temps de travail.
Un climat social tendu pour 27 000 salariés
L’incertitude est palpable dans plusieurs zones géographiques, notamment dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques, où l’ouverture à la concurrence est imminente. Selon les déclarations de Jean-Aimé Mougenot, directeur TER délégué chez SNCF Voyageurs, au salon Mobco, au total, 27 000 salariés de la SNCF sont concernés par ce processus de mise en concurrence.

Ces travailleurs pourraient être transférés dans des filiales locales dont la taille ne dépasserait pas celle d’une PME de 400 ou 500 personnes. Pour les syndicats, le risque est double : une précarisation des statuts et une perte de contrôle sur les territoires.
« S’ils refusent le transfert, ils seront licenciés parce qu’en fait, c’est tout un territoire qui bascule, donc ils n’ont pas d’autre option localement », souligne-t-il, en jugeant « l’ambiance très anxiogène » dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques notamment.
La direction de la SNCF reconnaît l’ampleur du défi. Jean-Aimé Mougenot admet qu’il s’agit d’une "transformation interne majeure", tout en assurant que l’entreprise met en œuvre des garanties pour accompagner les salariés lors de ces transferts. À ce jour, neuf régions sur onze ont déjà lancé ou s’apprêtent à lancer des appels d’offres pour l’exploitation de leur réseau régional.